Coup de Foudre (2)

Publié le par Valentin Vernoux

 

 

Previously dans Coup de Foudre : notre héros est invité à une soirée, et cherche sa partenaire de galipette pour la nuit.

 



 

J'en étais là de mes vagabondages intellectuels et libertins, et je me préparais à faire un choix raisonnable entre les différentes opportunités offertes à moi.

Très offertes.

 

Et puis mon œil a été attiré par un joli déhanché élégant et gracile.

 

J'aurais pu m'y tromper, remarquez.

J'aurais sans doute pu y échapper.

 

Elle danse un rock un peu pataud avec un cavalier assez peu doué pour l'exercice, tout cela est décousu et sans rondeur, elle se prête au jeu avec gentillesse, mais le spectacle ne devrait en principe pas la mettre tellement en valeur.

 

Et pourtant, elle est la grâce incarnée.

Et son sourire est merveilleux.

Malgré son partenaire maladroit, elle s'amuse, et son corps trouve le chemin d'une subtile désinvolture, d'un charme parfait, ajoutant ici un mouvement léger du bassin pour marquer un temps que son cavalier avait manqué, ou là un geste imperceptible de la tête pour épicer une figure un peu bâclée.

 

A cet instant, sur un joli déhanché gracile, tout le reste de cette soirée avait disparu.

Mes yeux ne peuvent plus la quitter.

J'aime ses yeux rieurs, j'aime ses cheveux courts, j'aime qu'elle soit brune, j'aime sa robe, j'aime...

J'aime qu'elle sourie, j'aime qu'elle s'amuse.

 

Quelque chose de magique m'a frappé en plein cœur, en plein bas-ventre, et je ne peux plus la quitter des yeux.

 

Et nos regards se croisent, et il me semble que ce regard qu'elle me renvoie est une promesse tacite, et maintenant c'est trop tard, je suis fait comme un rat, je ne résiste même pas, ça faisait si longtemps, longtemps j'avais cru pouvoir passer entre les gouttes, mais je reconnais tous les signes, pas d'erreur, je vais en prendre plein la gueule.

 

Je suis éperdument amoureux.

 

Ca pourrait presque paraître prématuré.

 

 

* * *

 

Tout tétanisé que je fusse, il fallait que je lui parlasse (l'imparfait du subjonctif est un signe habituel de ma torpeur énamourée, ce qui explique souvent mon peu de succès en matière de drague dans les soirées).

 

J'ai pris mon temps.

Je ne suis pas très doué.

 

Mais j'ai fini par me présenter, sous je ne sais quelque prétexte bidon.

Elle a été indulgente.

 

A brûle-pourpoint, je ne sais pas ce qui m'a pris, on se connaissait depuis quelques secondes, je lui ai demandé si elle était amoureuse.

Je crois que j'ai pris ça dans un film ("Things to do in Denver when you're dead". Andy Garcia en costume italien trois boutons, la classe folle).

 

"Je vous demande si vous êtes amoureuse", ai-je dit, "parce que si vous l'êtes, je ne me permettrais certainement pas d'empiéter sur votre bonheur en vous faisant la cour".

 

Elle m'a répondu qu'elle était mariée.

Tout était dit.

 

Je suis fou d'elle.

 

Nous avons dansé maladroitement, et c'était absolument charmant, et si ces quelques pas de danse sont également prédictifs de nos futures nuits d'abandon, je sens que je vais adorer faire l'amour avec elle.

 

Nous avons parlé un peu.

 

Nous n'avons absolument rien en commun.

 

Elle ne boit pas, alors que je suis un alcoolique notoire.

Non, je retire cela, je ne suis pas un alcoolique, je suis un ivrogne.

Les alcooliques, ça va dans des réunions anonymes, ce n'est pas mon genre.

 

Elle est folle de moto, et je ne saurais même pas faire démarrer un solex.

 

Elle est mariée et elle ne travaille pas.

Je suis divorcé et je passe trop de temps à mon boulot.

 

Nous n'avons rien en commun.

 

Rien d'autre que ce déhanché gracieux qui m'a frappé en plein cœur.

Et son sourire désarmant, qui pourrait m'emmener au bout du monde, ou au fond du trou, où elle voudra, je suis sans défense, je suis volontaire, j'arrive, allons-y gaiement.

 

 

* * *

 

Non mais qu'est-ce que je fabrique ?

 

Mon petit Valentin, tu fais n'importe quoi, tu vas en prendre plein la gueule, cette femme n'est pas du tout pour toi.

Mon petit Valentin, il faut te calmer.

C'est bien joli de rechercher l'amour fou, un peu de passion, il faut varier les plaisirs, d'accord, si c'est ça que tu veux, on fait comme on a dit, mais là tu cumules, tu vois bien que ça ne va mener nulle part, elle ne correspond à aucun de tes critères, on ne sait rien d'elle et le peu que l'on sait nous indique zéro compatibilité, ça va finir en feu de paille cette histoire, pourquoi tu t'emballes ?

 

Oh, ta gueule.

On est prié de ne pas me gâcher mon coup de foudre.

 

Là, tu vois, je suis tout liquide à l'intérieur, je suis tout ému, je suis tout chose.

Regarde ce sourire.

Respire ce charme.

 

Je suis amoureux, alors les questions de démarrage de mobylette, de choix des apéritifs, ce genre de choses, tu vois, on pourra toujours régler ça un peu plus tard.

J'apprendrai à faire de la moto, et j'arrêterai de boire.

Enfin, j'apprendrai à faire de la moto, en tout cas.

 

Du moment qu'elle n'est pas une fan inconditionnelle de Céline Dion ou de Mireille Matthieu, le reste on va se débrouiller.

Et même, je suis sûr que Céline et Mireille, je pourrais m'habituer, je sens que je ne leur ai jamais vraiment laissé leur chance, à ces deux là, dans ses bras je pourrais écouter n'importe quoi, s'il le faut vraiment, c'est sans importance, regarde ce déhanché.

 

Et son mari, et bien son mari se fera une raison.

Ca se voit bien qu'elle sera beaucoup plus heureuse avec moi.

On ne peut pas lutter contre ça.

 

 

* * *

 

Je me souviens d'une autre rencontre, il y a de nombreuses années de cela.

 

Je venais juste de rencontrer ma seconde épouse, et je marchais sur des œufs dans cette nouvelle relation, elle exprimait avec constance qu'elle faisait preuve d'une immense mansuétude en acceptant de sortir avec moi, et à l'époque nous étions encore tous deux persuadés que c'était vrai.

 

Pourtant, dans une soirée chez des amis où elle ne m'avait pas accompagné, il ne faudrait pas non plus déconner elle acceptait déjà de coucher avec moi, elle n'allait pas en plus se commettre avec mes fréquentations très en deçà de sa condition, à une de mes dernières soirées en célibataire avant le long tunnel de solitude que fut notre mariage, donc, j'avais rencontré totalement par hasard une jeune femme brune pour qui j'avais eu un coup de foudre instantané.

 

Nous nous étions plu derechef, et nous avions passé la soirée à parler, à rire, et à n'être d'accord sur rien.

Elle s'appelait Armelle, je me souviens très bien, elle était pharmacienne.

 

J'avais été amoureux sans trop me l'avouer, j'avais beaucoup pensé à cette demoiselle, en douce bien sûr car j'étais déjà parfaitement terrorisé par ma future épouse.

Et puis finalement j'avais mis fin à cette rêverie amoureuse, il faut être raisonnable maintenant Valentin, tu viens de rencontrer une femme extraordinaire qui te fait l'honneur de t'accepter dans sa vie, ce n'est pas le moment de faire le malin, sois raisonnable, il va falloir filer doux maintenant.

 

Bien évidemment, on regrette toujours les chemins que l'on n'a pas explorés, et il m'arrive encore souvent à penser à cette jeune femme brune, et à ce qu'aurait été ma vie dans la musique de son rire délicieux.

 

Je suis même sûr que même si la vie ne m'avait pas depuis confirmé douloureusement qu'il n'était pas tellement plus raisonnable d'épouser l'autre folle, j'y penserais avec cette tendresse amère des bonheurs à peine entrevus,

 

Ce soir, je n'ai aucune intention d'être raisonnable.

 

 

* * *

 

Quand il a été question pour elle de partir, il n'a pas été question pour moi de rester.

 

Je n'ai même pas dit au revoir à T., ni aux quelques femmes qui m'avaient proposé leurs charmes un peu plus tôt, je n'ai laissé aucun numéro de téléphone derrière moi, je suis juste parti avec elle.

 

En bas de l'immeuble, nous avons rejoint une moto colossale.

 

Nous avons échangé un chaste baiser sur la joue, et je lui ai demandé de m'appeler.

Elle m'a promis de le faire.

 

La moto a rugi dans la nuit parisienne, un rugissement pour tout dire assez castrateur, mais je m'en fiche, je peux bien y laisser mes couilles, je suis amoureux.

 

Je l'ai regardé filer sur son bolide, rentrer chez son mari et ses enfants, cette femme avec qui je n'ai encore rien en commun que cette rencontre furtive dans une soirée.

 

Des étages parvenaient encore dans la rue les bruits de cette soirée, mais je ne pensais même pas à toutes ces occasions de sexe que je venais de laisser filer.

 

Je ne pensais qu'à cette jolie brune gracieuse qui venait de filer dans la nuit, et que j'avais hâte de retrouver dans mes rêves tout à l'heure.

 

Et peut-être, un jour prochain ?

Où invite-t-on une femme qui ne boit pas ?

Comment séduit-on une femme mariée dont on attend plus que des instants volés, pour torrides qu'ils fussent ?

 

Je m'en fiche si ça n'a aucun sens.

 

Je ne sais pas où on va, mais j'ai très envie d'y aller.

 

Je viens de retrouver quelque chose que j'avais perdu depuis un moment.

 

Je viens d'être touché par la grâce.

 

 

Je suis amoureux.

 

 

 

 

(à suivre…)

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans 18 Coup de Foudre

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

RACHID 30/03/2010 10:04


si je vous inviteS a diner cela fera t'il de la peine a quelqu'un?


Valentin Vernoux 30/03/2010 14:29


Cher Rachid, Ce n'est peut-être pas très clair dans mes écrits, mais je penche plutôt pour les femmes... Et après 19h, la compagnie des hommes, mêmes charmants et spirituels, me broute un peu !
Voilà voilà.... ;-)


Hotllywood 30/03/2010 08:36


-Stand by-

Lecteur pendu à ta plume en attendant qu'elle découvre (ou pas) la tienne.