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Publié le par Valentin Vernoux

 

Je sais, je sais.

 

Ca fait super-longtemps que je n'ai rien posté sur le blog.

 

Ohlalalala, vous ne pouvez pas savoir, mais j'ai dû m'absenter.

Un souci personnel.

Et là-bas, pas d'internet, pas de portable, rien.

J'étais dans un état totalement indépendant de ma volonté.

 

Vous n'allez pas me croire.

 

J'ai rencontré Dieu.

 

Non, je n'ai pas dit "j'ai vécu une épiphanie religieuse".

Non.

J'ai dit "j'ai rencontré Dieu".

Littéralement.

 

Oui, il va bien, il vous embrasse.

 

Bon, du calme, laissez-moi vous raconter depuis le début.

 

 

 

* * *

 

 

"Mesdames et Messieurs, nous traversons actuellement une zone de turbulences, le Commandant de Bord vous remercie de bien vouloir regagner vos places et d'attacher vos ceintures..."

 

 

Toute l'histoire a commencé en milieu de semaine, dans cet avion, de retour d'un déplacement professionnel.

 

Avec ce que crachent les volcans islandais ces temps derniers, nous étions collectivement bien contents que notre vol n'ait pas été annulé au dernier moment.

Les gens sont un peu nerveux, bien sûr, avec ces nuages mystérieux et invisibles qui menacent de bousiller les réacteurs en plein vol et de nous remettre sans autre forme de procès entre les mains de la gravité.

C'est bien naturel, on s'inquiète, on tente de se rassurer, mais tout d'un coup on n'est plus tellement convaincu que les lois de l'aérodynamique soit tellement universelles, rappelez-moi déjà, comment ça vole, un avion ?

 

Néanmoins, à la perspective de rester bloqués en Suisse, nous étions tous prêts à prendre le risque, tout plutôt qu'une nuit à Lausanne, la cuisine est vraiment trop infecte, et c'est plein de gens étranges qui ressemblent un peu à des français, mais en fait non.

 

Et puis moi je ne peux pas rester trop longtemps loin de Paris, j'ai un week-end chargé en perspective.

Pauline dîne à la maison vendredi soir.

Marie devrait passer samedi après-midi.

 

J'étais donc là à somnoler tranquillement, presque détendu, le cœur léger.

Aucune raison de m'inquiéter de quoi que ce soit.

En fait, d'une manière générale, je n'ai pas du tout peur en avion.

Je déteste les aéroports et leurs rituels qui semblent spécialement conçus pour vous faire perdre du temps et votre calme, mais une fois l'appareil en mouvement, je peux enfin me relaxer.

 

Lorsque notre histoire commence, nous volons déjà depuis un moment, et je dors à moitié.

Le calvaire des contrôles de sécurité à l'aéroport est presque oublié.

Oublié aussi, le méchant volcan au nom imprononçable.

Dans quelques heures, je suis de retour à Paris.

Aucun souci en tête.

A part bien sûr cette petite question cruciale qui commençait à m'inquiéter : qu'est-ce que je vais bien pouvoir faire dimanche ?

Et surtout : avec qui ?

 

"Mesdames et Messieurs, ceci est un message du Commandant de Bord, nous vous prions de garder vos ceintures attachées et de ne pas céder à la panique..."

 

Hmmm ?

 

Déjà que mes problèmes de planification sexuelle et dominicale menaçaient de troubler mon sommeil, si en plus vous me réveillez toutes les cinq minutes pour me dire de rester calme, je ne suis pas prêt de dormir.

 

Boum.

Badaboum.

 

Cela dit, maintenant que le Commandant de Bord me le fait remarquer, c'est vrai qu'il secoue quand même beaucoup, cet avion.

Ca, c'est de la vraie turbulence.

 

Autour de moi, les gens semblent très inquiets, les mains se crispent sur les accoudoirs, les visages sont tendus, on entend des cris et des larmes diffus, même le personnel de bord affiche des sourires anxieux en tentant de rassurer les passagers.

 

Boum.

 

Non, apparemment, ça ne va pas être facile de se rendormir dans ces conditions.

 

Aïeeeeeuuuh.

 

Mon voisin vient à brûle-pourpoint de me planter ses doigts crochus dans l'avant-bras, il me regarde d'un air absolument terrifié, il transpire à grosses gouttes dans sa chemise à manches courtes qu'il porte avec une hideuse cravate à carreaux, à ses pieds il porte des mocassins gris clair, allons bon c'est un suisse, je vais mourir à côté d'un helvète bedonnant, j'ai toujours pensé que mon Karma aurait le sens de l'humour aux derniers instants, mais là ce n'est pas drôle, c'est cruel.

 

Tout en essayant d'arracher ses doigts de mon bras, un à un, je tente de le rassurer, allez mon vieux courage, ce ne sont que quelques turbulences, nous ne risquons rien, savez-vous que l'avion reste le moyen de transport le plus...

 

Et puis il y a eu soudain un éclair aveuglant, accompagné d'un bruit de tonnerre.

 

Et puis plus rien.

 

 

* * *

 

L'instant d'après, tout était silencieux.

Et blanc.

 

Je flottais dans du blanc silencieux.

 

Oups, je me suis dit.

 

Alors non seulement je suis mort, mais en plus, apparemment, il y a une vie après la mort.

 

C'est pas ma journée.

 

Oups.

 

Alors finalement, c'était vrai, tous ces trucs sur l'au-delà ?

Si j'avais su...

 

Ohlalalalalalalala...

 

Mais je ne suis pas du tout prêt à être jugé, moi.

Ma vie n'est pas du tout en ordre.

Vous me prenez un peu au dépourvu, là.

On peut négocier ?

 

En tout cas, j'en connais une qui va me passer un sacré savon.

Pauline.

Ouhlalalala.

A vue de nez, je dirais que je vais être en retard à notre soirée-galipette de vendredi.

Elle ne va pas aimer ça du tout.

Elle peut être un peu soupe-au-lait, Pauline.

En plus, je n'ai aucun moyen de la prévenir.

Pauline, ce n'est pas ma faute, je te jure, j'ai un mot d'excuse, je suis mort.

Elle va me faire la gueule.

 

Oups.

Non non non non non...

Valentin, là, mon petit Valentin, tu t'égares, ce n'est pas le moment de penser à la gaudriole.

Pauline, Marie, tout ça c'est fini maintenant.

Je te rappelle que tu es dans un beau merdier, tu vas passer en jugement auprès de St Pierre, il est temps de changer d'attitude, si tu continues comme ça tu vas aller directement en enfer, sans passer par la case Départ ni gagner 20000F.

Ce n'est pas du tout le moment d'avoir une érection.

Il est temps de prendre un air repenti et de renoncer à la chair, Valentin.

 

Tiens, chante un cantique, ça te donnera une contenance, ça peut faire bonne impression.

 

Plus près de toooooooi, mon Dieeeeeeuuuu...

 

N'importe quoi, Valentin.

 

Mais enfin, zut, c'est pas de bol, quand même.

Moi, j'avais un peu prévu de me racheter une conduite dans les dernières années de ma vie, sur le tard.

Disons après soixante ans.

Ca m'aurait fait, quoi, une bonne vingtaine d'années à consacrer à une vie de charité envers mon prochain et de respect envers les femmes.

De toute façon, après soixante ans, et avec ce que je bois, je n'aurais plus bandé tellement, qu'est-ce que vous voulez que je fasse d'autre que de les respecter, les femmes...?

Quoique, avec le Viagra...

Bon, disons après soixante-dix ans.

 

Voilà, normalement, c'était le plan, je serais mort un peu jeune, vers quatre-vingts ans, il faut bien payer les conséquences de l'alcool et de la clope et des entrecôtes béarnaises et de mon renoncement courageux à toute forme d'exercice physique en plein air.

Et pendant les dix dernières années, je vous jure, j'avais bien l'intention de vivre comme un saint homme.

J'aurais renoncé au libertinage.

J'aurais aimé mon prochain, même si dans la plupart des cas, c'est un gros con sans intérêt.

J'aurais donné aux gitans du métro et aux clodos qui s'obstinent à laver mon pare-brise au feu rouge avec de l'eau boueuse.

Je serais allé à l'église de temps en temps, et j'aurais pris un air penaud.

J'aurais mangé cinq fruits et légumes par jour, j'aurais voté Modem, et je me serais brossé les dents avec application.

J'aurais tout bien fait comme il faut.

Je vous juuuure.

Dix ans de sainteté, ça aurait bien dû convaincre Dieu de mon mérite, non ?

 

Au lieu de cela, me voilà rappelé à Lui dans la fleur de l'âge, et soyons honnête un instant, ma vie récente n'est pas aussi pieuse qu'Il serait en droit de l'espérer.

 

Oh, je n'ai pas de regrets de mourir un peu plus jeune que prévu, remarquez.

J'ai eu une vie bien remplie.

J'ai connu l'amour.

Je me suis bien amusé.

J'ai élevé de beaux enfants.

 

Mais bon, c'est sûr, je suis bon pour l'enfer.

Je vais rôtir parmi les assassins et les pervers.

Et les terroristes, et les voleurs, et les politiciens véreux.

Et les traders.

 

Oh mon Dieu, j'ai péché, j'ai péché, j'ai vécu une vie dissolue loin de ton message d'amour et de paix entre les hommes.

Pitié, pas l'enfer.

Au fond, Votre Divinité, je suis un mec bien, tu verras, si tu prends un peu le temps de me connaître, je gagne à être connu, il parait.

Pitié, pas la damnation éternelle, pas les supplices de la géhenne.

Pitié, pas les flammes perpétuelles, j'ai la peau très sensible, je fais des plaques rouges quand il fait trop chaud.

Pitié, pas l'éternité avec Georges W Bush.

 

 

 

Plus près de toooooooi, mon Dieeeeeeuuuu...

 

 

 

 

 

 

(à suivre…)

 

 

 

 

Publié dans 22 Jugement Dernier

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Commenter cet article

vynce 11/05/2010 17:01


là ou t'en es mon cher frère, je ne sais pas si tu partageras ma vision... mais si tu fait la liste de tout ceux qui sont partis et que l'on dit "partis direct au paradis", toutes les mémères bien
pieuse, la grand mère paternelle en tête, des tonnes de cousines de la bresse, des kilos de gens "bien pensant", des containers de culs benis...STOP !!! de grace ne gachez pas mes efforts... voilà
40 balais que je m'efforce à 1 chose, 1 seule... tout faire pour avoir le droit d'aller en enfer, de m'en foutre jusque là, de bander, de bouffer, de fumer, de danser, de jouuir...tout plutot que
de "make an educative guess" et vivre une éternité avec la raie du bon coté, les sourires complaisants, les gentillesses... moi c'est décidé... si je peux faire pire pour m'assurer le paradis...
y'a pas une seconde d'hésitation...


Camille 02/05/2010 13:36


Rire !