La Nuit du Mari (2)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans "La Nuit du Mari" : panique à bord, notre héros se retrouve face-à-face avec un mari jaloux, et il passe un mauvais quart d'heure…

 


 

 

 

Les choses se sont un peu calmées, à partir de là.

 

Il avait rangé son couteau, et il buvait son café en silence.

 

Une sorte d'immense tristesse s'abattait peu à peu sur ses épaules.

 

J'ai tenté de reprendre la conversation :

 

"Tu sais, écoute, je ne vois pas du tout qui est cette Christine, mais ce qui est sûr, c'est qu'elle n'est pas ici, et qu'elle ne va pas venir ce soir ; je ne serais pas assez idiot pour donner rendez-vous à deux femmes le même soir…"

 

Mais Max ne m'entendait plus.

Ou bien il s'en foutait complètement de ce que je disais.

Il avait l'air très triste, dans son fauteuil, à boire son café les yeux dans le vague.

 

Il a l'air sympa, ce type, il est touchant.

On ne devrait jamais rencontrer les maris.

 

Et là, sans prévenir, il est parti dans un grand monologue :

 

"Tu vois Valentin, on rencontre la femme idéale, on se plait, on se séduit, on tombe amoureux, on croit que c'est pour toujours…

Alors on se marie, on habite ensemble, on a des enfants, et on continue de croire que tout va pour le mieux, qu'on est le plus heureux des hommes, et que ça ne finira jamais…

 

Il y a bien quelques frictions, quelques déceptions, les couples sans nuages ça n'existe pas, mais on fait face, on triomphe des difficultés ensemble, et on a l'impression de vivre un amour indestructible.

 

Et puis un jour, elle commence à changer.

Oh, pas de gros changements, des petites choses subtiles, des détails, au début on ne remarque même pas vraiment, elle a une nouvelle coiffure, elle s'habille un peu plus sexy, elle sort de plus en plus souvent, elle se passionne pour des sujets nouveaux…

Toi tu ne vois rien venir, tu ne comprends rien, ça se passe progressivement, au début tu ne te sens pas exclu, tu es content pour elle…

 

Et puis elle commence à faire du sport, elle perd du poids, elle surveille sa ligne, et puis elle toujours de bonne humeur, elle rayonne, elle a la pêche, quoi.

Petit à petit, tu te rends compte qu'elle sort de plus en plus souvent sans toi.

 

Et là, tout d'un coup, ça te frappe, et tu comprends que tout ça, c'est clair, tous ces changements, ça ne peut vouloir dire qu'une chose : elle a un amant, et elle est heureuse et épanouie, ce n'est pas possible autrement, comment est-ce que tu as pu être aussi aveugle ?

 

Alors tu commences à la surveiller en douce, tu guettes ses allées-venues, tu écoutes l'air de rien ses conversations téléphoniques, tu jettes un œil à son agenda, en douce, et paf, voilà, Valentin Vernoux, 20h00, petit cœur gribouillé à côté, et là tout ton monde s'écroule…"

 

C'était très touchant, vraiment.

Je l'aurais presque pris dans mes bras.

 

Mais là, il s'est retourné vers moi, il s'est penché un peu en avant, ses yeux se sont assombris tout d'un coup, sa voix s'est faite caverneuse, et il a ajouté :

 

"Tu vois Valentin, cette femme est toute ma vie, tu comprends, si elle me quitte je ne suis plus rien, alors je n'ai rien à perdre, je suis prêt à tout..

Alors on va l'attendre, et on va lui demander son avis.

Et si elle préfère vivre avec toi, moi je vais tuer tout le monde, d'accord ?"

 

Ah oui, quand même…

 

Du coup, je ne lui ai pas fait de câlin.

C'est une question de principe, je ne cajole pas les forcenés.

Pas de papouilles pour les psychopathes.

 

Sa promesse de carnage avait un peu pourri l'ambiance.

On est resté tous les deux silencieux pendant quelques minutes.

 

Et puis je lui ai demandé, quand même, par curiosité :

 

"Laisse-moi voir si je comprends bien, là, Max…

Ta femme a perdu du poids, elle s'habille sexy, elle est tout le temps de bonne humeur,

et c'est pour ça que tu m'en veux, c'est ça ?"

 

Max m'a jeté un regard noir.

J'ai fermé ma gueule.

 

 

* * *

 

"Tu me promets que ce n'est pas elle, dans la chambre ?"

 

Ben non, Max, dans la chambre c'est Pauline, petite blonde à forte poitrine.

Qui dort profondément, on se demande comment elle fait.

Mais si tu veux, tu peux aller vérifier, qu'on en finisse…

 

Oui, Max voulait aller vérifier.

 

Alors Max et moi, on a posé nos chaussures pour ne pas faire de bruit, et on est allé jusqu'à la chambre sur la pointe des pieds.

 

Sur le lit, Pauline dormait toujours d'un sommeil de plomb.

Pauline ronflait comme une tronçonneuse.

 

N'empêche, ronflements ou pas, son corps parfait, nu sur les draps froissés, dans la pénombre de la chambre, faisait son petit effet.

Je sais bien que ce n'était pas le moment, prise d'otage avec mari jaloux, coups de poing dans le pif et couteau à scalper les rhinocéros, et tout et tout, mais je crois bien que je bandais.

 

D'ailleurs tandis que nous retournions au salon sur la pointe des chaussettes, j'ai pu constater que Max partageait mon émoi.

 

"Oui, dis donc, tu avais raison, la vache, quel cul…"

 

J'ai acquiescé.

 

"Mais qu'est-ce qu'elle ronfle…", il a ajouté.

 

Oh, tu sais, Pauline, en principe, c'est pour consommer tout de suite, ça ne se garde pas, ce n'est pas prévu pour dormir avec, normalement le mode d'emploi c'est Taxi Bleus dès le début de la période réfractaire.

On s'en fiche qu'elle ronfle, de toute façon elle ne dort pas là, c'est pratique.

D'ailleurs quand tu es arrivé, j'étais sur le point d'aller la réveiller pour la renvoyer chez elle, mais ensuite j'ai été un peu distrait…

 

Enfin bon, tu es rassuré, ce n'est pas Christine, elle n'est pas là Christine, nous n'attendons aucune Christine ce soir, et nous ne voyons toujours pas très bien qui est Christine, d'ailleurs.

 

Mais Max s'était rassis dans son fauteuil, Max s'en foutait de mon opinion.

 

Je lui ai servi un whisky.

A mon avis, Max avait bu bien assez de café comme ça.

 

 

* * *

 

Enfin merde, quoi, qui est cette Christine, je ne vais quand même pas me faire éventrer comme un mouton sans même savoir quelle paire de fesse est la cause de mon trépas ?

 

Ca ne peut quand même pas être Valentine ?

Je le saurais, si Valentine s'appelait Christine, non ?

Et puis le mari de Valentine, j'ai déjà vu ça photo, il ne ressemble pas du tout à Max.

D'ailleurs, ça me ferait bien rigoler qu'il essaie de me mettre des claques, le mari de Valentine, avec son physique de nain de jardin à moitié chauve…

Et puis Valentine est en voyage, tout cela ne colle pas.

Non, ça ne peut pas être Valentine.

 

Mais alors, qui ?

 

"Ecoute, Max", ai-je demandé prudemment, "On ne va jamais y arriver comme ça, il faut que j'arrive à me souvenir de qui est cette Christine… Tu ne voudrais pas me donner un indice ?"

 

Le 50-50 ?

Je peux appeler un ami ?

 

Max me regardait d'un air menaçant.

Selon lui, manifestement, sa femme aurait dû me laisser un souvenir plus mémorable.

 

Il a quand même fini par lâcher :

"Grande, mince, cheveux noirs coupés courts, et elle a un tatouage sur l'omoplate, un petit papillon…"

 

Aaaah, un tatouage, voilà, la liste des suspectes devrait se réduire considérablement.

 

Sauf que je n'ai aucun souvenir d'avoir récemment fait l'amour à une femme avec un tatouage sur l'omoplate.

J'ai dû la sauter de face.

Missionnaire ?

Ou bien elle à califourchon sur moi ?

J'essaie de me souvenir.

Ou alors par derrière, mais dans le noir…

Ou alors on était pressé, elle a gardé ses vêtements…

Je ne me souviens pas du tout, mais ça avait l'air super excitant, cette affaire.

 

Bon, ça ne me revient pas du tout, mais ça élimine quand même pas mal d'omoplates, et donc pas mal de femmes, de la liste des possibles.

 

"Et son cul, il est comment, son cul ?"

 

Max me fusille du regard.

Je sens que je vais encore prendre une claque.

Pas la tête, pas la tête…

 

En même temps, c'est quand même une question légitime.

Si Christine a un joli cul, je ne vois vraiment pas pourquoi je ne l'aurais pas prise en levrette à un moment ou à un autre, je suis comme ça, moi, je fournis un service complet, la levrette est comprise dans le forfait, donc qui dit levrette dit omoplate dégagée, et du coup j'aurais vu le papillon.

Elémentaire, mon cher caleçon.

 

Et si elle n'a pas un beau cul…

 

Bon, si elle n'a pas un joli cul, je ne comprends pas pourquoi on fait tout un fromage du fait que je l'ai sautée, je devais être bourré, bon ça arrive, ce n'est pas une raison pour m'engueuler, à la limite on devrait plutôt me remercier, si elle n'a pas un beau cul pourquoi il s'excite comme ça le mari jaloux, si elle a de grosses fesses on s'en fout de sa femme, non ?

 

Non, décidément, rien ne colle dans cette affaire.

Bizarre.

Serais-je victime d'une terrible erreur judiciaire ?

 

 

* * *

 

Mais Max, qui me voyait me débattre dans ma perplexité, a tout de suite coupé court à mes espoirs.

 

"Non, Valentin, ce n'est pas une erreur".

 

Huh ?

 

"Je suis sûr de mon coup, tu vois, tu ne pourras pas t'en tirer comme ça, parce que je sais que c'est toi, et j'ai la preuve que vous vous êtes vus…

 

…parce que j'ai trouvé ton SMS de vendredi dernier sur son portable !

 

Alors, qu'est-ce que tu dis de ça, on fait moins le mariole maintenant, hein p'tit con ?"

 

Aïe.

 

Qu'est-ce que j'en dis ?

J'en dis que les femmes, c'est nul en adultère, déjà.

C'est quoi ces conneries, elle ne pouvait pas effacer ses SMS au fur et à mesure comme tout le monde, non ?

 

Et puis j'en dis que je suis fait comme un rat.

 

Il disait quoi, d'abord, ce SMS ?

 

Max connaissait le texte du SMS par cœur, apparemment :

"Tu me manques, j'ai envie de toi, quand est-ce qu'on se revoit ?'

 

Oui, ça ressemble bien à mon écriture.

Ca devient de plus en plus difficile de nier, là.

 

A qui est-ce que j'ai bien pu écrire ça vendredi, moi ?

Il faudrait vraiment que je commence à prendre des notes, moi, j'oublie tout.

 

 

Et puis là, j'ai eu une idée de génie…

 

Non, mais attends…

Si je lui ai envoyé un SMS, son numéro doit être inscrit sur mon portable !

Donc si tu me donnes son numéro, je vais aller regarder dans mon répertoire, et je vais bien retrouver qui est cette Christine !

 

Ne me regarde pas comme ça, oui, excuse-moi, oui, on sait bien qui est Christine, c'est ta femme, oui j'ai bien noté, crois-moi, je ne voulais pas être insolent, je voulais juste dire, je vais retrouver sous quel nom et d'où je la connais, tu vois…

 

Il n'avait toujours pas l'air tellement convaincu, mais il m'a donné le numéro.

Et aussi sec, j'ai retrouvé Christine dans mes numéros.

 

Jessica.

 

Ah la salope.

Je me disais bien qu'elle n'avait pas une tête de Jessica.

Christine, ça lui va beaucoup mieux.

Ah la salope, elle me donne un faux prénom, elle ne me dit pas qu'elle est mariée, je n'en reviens pas, les femmes d'aujourd'hui, on dirait des mecs.

 

Et moi je me retrouve à prendre des claques face au mari, ce qui est très injuste vu que je n'étais même pas au courant qu'elle était mariée…

Alors que je pourrais être normalement en train de prendre des claques de la part d'un mari dont j'ai sauté la femme en connaissance de cause, franchement ce n'est pas ça qui manque…

C'est vraiment trop injuste.

 

Et c'est d'autant plus injuste que je ne l'ai même pas sautée, moi, Jessica.

 

Si si, je vous assure, tout me revient maintenant, et il faut me croire, même pas sautée.

Même pas embrassée, c'est vous dire.

Je vous juuuure…

 

Elle m'a contacté par mon blog, elle voulait me rencontrer, bon, moi, je ne vais pas vous raconter d'histoires, je me suis dit, d'accord, ça me semble une bonne opportunité de galipette avec une groupie rendue folle de désir par ma prose, donc j'ai dit oui.

 

Je me souviens maintenant, belle femme en effet, très joli cul je confirme, on a pris un verre un soir, dans un café pas loin de chez moi (au cas où), on a discuté un moment, conversation charmante et spirituelle, et puis elle m'a dit qu'elle devait partir, oh ben oui c'est dommage mais j'ai un truc, et je ne l'ai jamais revue.

 

Bon, j'ai quand même gardé son numéro.

Je ne désespérais pas qu'on se revoie, je lui ai certainement envoyé des petits messages coquins, je plaide coupable, ce serait assez mon style, on a dû continuer à flirter par messagerie interposée.

Et je regrette de devoir l'avouer, mais si j'avais eu une ouverture, je lui aurais sans aucun doute fait subir les derniers outrages, ça c'est certain.

 

Mais je le répète, Votre Honneur, j'ai rien fait, c'est une terrible erreur, ce n'est pas faute d'avoir convoité, mais techniquement je suis innocent, je n'ai pas touché à sa femme.

 

Enfin, en fait, Votre Honneur, une seconde, excusez-moi, mais là je vais surtout essayer de convaincre Max, c'est lui qui a le couteau…

 

"Non, mais attends, Max, il y a erreur, attends, mais je ne l'ai jamais sautée Jessica, je veux dire Christine, enfin ta femme…"

 

Mais on a été interrompu.

 

Pauline arrivait dans le salon en traînant des pieds.

A peine vêtue d'une de mes chemises.

La vache, quand même, quel cul…

Et ces seins…

 

Max semblait changé en statue de sel, un peu de bave au coin de la bouche entrouverte, les yeux comme des soucoupes.

 

Pauline a baillé : "Il y a du café ?"

 

Max a sursauté, et s'est précipité pour lui servir une tasse.

 

Pauline a regardé Max.

Pauline a souri.

 

"Valentin, tu ne me présentes pas ton ami ?"

 

 

 

 

(à suivre…)

 

 

 

 

 

 

Publié dans 21 La Nuit du Mari

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John Smith 05/05/2010 00:40


Bon alors, au regard de l'analyse faite ici, il est clair que ma femme ne me trompe pas, que Valentine est une sainte, et que je connais cette Pauline et ca m'ennerve quand tu changes les noms et
que donc j'ai des doutes...
Ca se scalpe un rhino?


Camille 22/04/2010 12:00


Sourire...


Spaulding 21/04/2010 21:59


hop! dans mes blogs préférés