La Nuit du Mari

Publié le par Valentin Vernoux

 

 

Ca commence en fin d'après-midi.

On est dimanche.

 

Et là, il serait temps qu'elle rentre chez elle.

Mais elle s'est assoupie après nos ébats, il y a déjà quelques heures de cela, et là elle roupille profondément.

Elle ronfle dans mon lit.

 

J'essaie de me souvenir, elle m'avait dit qu'elle avait une soirée, qu'elle ne pouvait pas rester tard.

Des promesses, toujours des promesses.

 

Moi, bien sûr, j'aurais bien fait une sieste aussi, après l'amour nous (les hommes) sommes pris d'un engourdissement irrésistible, notre corps soudain parfaitement détendu ne veut que poursuivre l'abandon dans les bras de Morphée.

Mais m'endormir auprès d'une femme que je connais à peine, ça me rend nerveux.

J'ai toujours peur qu'elle en profite pour s'installer, que je me réveille soudain pour trouver son petit matériel dans ma salle de bain, et mes tiroirs pleins de ses petites culottes.

 

Dieu a inventé l'assoupissement post-coïtal pour rétablir un peu la balance.

Au commencement, Dieu a vu les hommes séduire sans scrupules les femmes de la tribu et s'enfuir illico après avoir tiré leur coup, Dieu a vu les mâles passer de couche en couche et n'en avoir rien à foutre des gonzesses au petit matin, Dieu a vu que les mecs ne rappelaient jamais, et les femelles attendaient en vain auprès du téléphone, et les enfants pleuraient sans père pour les emmener au cinéma, et Dieu a vu que c'était super triste.

 

Alors Dieu, dans son infinie sagesse, a déclaré d'une voix de tonnerre :

"En vérité je vous le dis, c'est super triste, ça ne va pas le faire, à partir de maintenant et pour les siècles des siècles, les hommes s'endormiront après l'amour, et les femmes en profiteront pour poser leur tête sur leur torse et ronronner de bonheur et rêver d'amour dans la chaleur de leurs bras, et ça leur donnera une toute petite chance de garder un homme dans leur caverne, je ne sais pas moi, qu'elle leur fasse un petit déjeuner au lit, une petite gâterie lorsqu'ils se réveilleront, n'importe quoi qui les rende accrocs, démerdez-vous les filles, je les place à votre merci pour quelques heures, faites en bon usage, après je peux plus rien pour vous, qu'il en soit ainsi !"

 

Et puis il a ajouté :

"Mais bon, en vérité je vous le dis aussi, les filles, qu'on ne vienne pas vous entendre râler après votre mari parce qu'il s'endort tout de suite après l'orgasme, alors que vous voudriez parler ou faire un câlin, hein, parce que bon, moi je fais ça pour vous, ne me le faites pas regretter, je ne veux pas entendre de récriminations ensuite, on est bien d'accord, qu'il en soit ainsi aussi !".

Mais bon, les femmes n'écoutaient plus, à ce moment là.

Faut dire que Dieu a un peu tendance à faire des phrases super-longues, pleines de digressions et d'apartés, Dieu est un peu chiant pour ça.

 

Les voies de Dieu sont impénétrables.

En revanche, selon mon expérience, les voies des femmes seules retrouvées par hasard à déjeuner un dimanche midi sont le plus souvent parfaitement pénétrables.

 

Mais un divin engourdissement post-coïtal menace toujours de transformer un après-midi lubrique et intense en engagement à long-terme.

Ca commence par un verre en soirée, un dîner, une nuit ensemble, un rendez-vous pour se revoir bientôt, quelques paroles polies qu'elle interprétera comme une possibilité de lendemains qui chantent, et paf c'est comme ça qu'on finit par se retrouver avec sa brosse à dent dans la salle de bain.

 

Alors moi, pas con, pas question de m'endormir, je prétexte un besoin pressant ou une soif urgente, et je vais me fumer une clope au salon pendant qu'elle récupère.

 

Je suis donc là dans mon canapé à fumer avec la satisfaction du devoir accompli sur les lèvres, j'ai mis de la bonne musique et je me suis servi un whisky, et tandis que le soir tombe, je me dis qu'il serait temps qu'elle rentre chez elle, là.

 

Oh, je ne me plains pas, c'était un sacré coup de bol de tomber sur Pauline dans la rue ce matin.

 

Je sais, en principe j'ai arrêté les blondes, mais les seins de Pauline sont d'une autre galaxie, ils hantent mes rêves depuis des années, en général son petit cul ferme et provocant est là aussi, je ne pouvais pas laisser passer l'occasion, je suis prêt à faire une exception pour l'après-midi.

 

Je ne sais pas très bien pourquoi nous n'avions jamais couché ensemble, mais elle a tout de suite trouvé que c'était une excellente idée, et les heures qui ont suivi lui ont donné raison.

Waouh.

 

Une fille parfaitement libérée, Pauline.

Si elle en a envie, elle ne s'embarrasse pas de principes, elle fonce.

Et quand elle en a envie... waouh.

Pauline, quand il s'agit de sexe, se comporte comme un vrai mec.

Ca doit être pour ça qu'elle s'est endormie aussitôt après.

Et qu'elle ronfle comme un diesel.

 

Voilà.

 

Voilà voilà.

 

Bon, quand est-ce qu'elle rentre chez elle, maintenant ?

 

J'en étais là de mes pensées, en ce dimanche soir détendu et finalement presque parfait...

Quand on a sonné à la porte.

 

Allons bon, encore les voisins qui viennent se plaindre du bruit ?

Les voisins râlent quand mes femmes expriment leurs orgasmes trop bruyamment, à cause des enfants si j'ai bien compris.

Franchement, un si beau dimanche, moi je trouve ça dommage de ne pas les emmener faire un tour, les gamins, ça arrangerait tout le monde si vous les emmeniez au zoo ou au parc ou n'importe où, là où il fait beau et où ils pourraient se dégourdir les jambes plutôt que d'écouter à mon mur...

 

Mais j'ai beau promettre à chacune de leurs visites de faire plus attention la prochaine fois, il semble que j'oublie.

Ou que je n'y puisse pas grand chose.

Je ne vais quand même pas les bâillonner.

Quoique, maintenant que j'y pense, c'est plutôt excitant comme idée.

Note à moi-même : acheter un bâillon (proposer aux voisins de participer à la facture).

 

Bon, allons affronter les voisins.

 

Mais à la porte, ce n'étaient pas les voisins.

 

Sur mon paillasson se tenait un type immense, basané, avec de grands cheveux noirs.

 

"Valentin Vernoux ?", il a dit d'une voix grave...

 

J'ai dit oui d'une voix interrogative, mais sans trop faire le malin.

Il avait l'air plutôt costaud.

 

J'ai d'ailleurs tout de suite pu confirmer cette impression, quand il m'a balancé un grand coup de poing dans le nez.

Plutôt costaud, comme je disais.

 

Je suis resté assis par terre, et j'ai continué à ne pas faire le malin.

 

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Max.

 

 

* * *

 

"Bon, elle est où ?", a dit le grand basané d'une voix ferme.

 

"Qui ça ?", j'ai répondu à travers mon mouchoir, tentant de me rasseoir avec difficulté, mon nez gonflant à vue d'oeil...

Oui, je sais, pas terrible comme répartie, mais mettez-vous à ma place, je n'étais pas au mieux de ma forme, non plus.

 

"Ma femme, connard, qu'est-ce que tu crois ?"

 

Aïe.

 

Un mari jaloux.

 

Il fallait bien que ça arrive un jour.

A dire vrai, je m'étonne que ça ne m'arrive pas plus souvent.

Un secret connu de plus d'une personne finit toujours par s'éventer, et mes amours adultérines impliquent généralement une autre personne.

Une femme, en plus, les femmes et les secrets...

Sans même parler du fait qu'une femme qui trompe son mari, comme personne de confiance, ce n'est sans doute pas ce qu'on fait de mieux.

 

Très vite, sa meilleure copine est au courant.

Il faut bien qu'elle en parle à quelqu'un, secret ou pas.

"Mais ne t'inquiète pas, c'est ma meilleure amie, je la connais depuis toujours, elle sait garder un secret !"

Ben voyons...

Ca m'a tellement bien réussi de te faire confiance à toi, une femme, pour garder un secret, pourquoi ne ferais-je pas confiance à ta meilleure amie, une femme aussi, justement ?

 

D'ici peu, toutes les copines sont au courant, mais elles ont promis croix de bois croix de fer qu'elles emmèneraient le secret dans leur tombe, alors ce n'est pas un problème, ne t'inquiète pas.

Et les copines servent d'alibi pour nos escapades.

Et ricanent en douce, quelle histoire quand même.

 

Oui, ça devait arriver.

 

Mais Pauline ?

 

Je n'aurais jamais cru que Pauline était mariée...

La salooope, elle aurait quand même pu me prévenir...

On ne sait jamais, j'aurais pu avoir des principes.

Ou vouloir éviter de prendre des baffes de la part de son mari qui est super costaud.

 

Et qui sort un couteau.

 

Le mari basané attend toujours une réponse, apparemment, et il n'est pas très patient.

Et il a un couteau.

Un couteau "modèle super-grand-couteau-qui-fait-très-peur", plutôt le genre de couteau pour dépecer les ours que pour tartiner des biscottes, du couteau spécial fait-divers, grosse boucherie chez Valentin.

 

Je crois qu'il est temps de paniquer.

 

"Ohlaaaa, comment ça un couteau, mais non mais non mais pas du tout, je ne savais même pas qu'elle était mariée, moi, elle ne m'a rien dit je te jure, et puis moi je ne l'ai sauté qu'une toute petite fois, c'était la première fois je te jure, et encore c'était même pas terrible, écoute je suis absolument désolé, vraiment les femmes mariées ce n'est pas mon genre, range ce couteau, ne faisons rien d'irréparable, on va s'expliquer calmement, tu vas rire, elle n'est même pas mon genre, ta femme, en fait j'ai arrêté les blondes, c'est une longue histoire mais..."

 

"Ferme-la, connard, tu aggraves ton cas... Et puis Christine n'est pas blonde, elle est brune, tu es aveugle ou quoi ?"

 

Christine ?

 

C'est qui Christine ?

 

Oh la saloooope.

Pauline m'a donné un faux prénom ?

Et en plus ce n'est pas une vraie blonde ?

Et en plus elle continue de roupiller pendant que je me fais casser la gueule par son mari...

On ne peut vraiment plus faire confiance à personne.

 

Mais quand même, ça ne colle pas.

 

Toujours assis par terre, je tente de reprendre la négociation :

 

-         Christine ?       
Ecoute, il y a bien une femme qui dort dans la chambre, mais elle est blonde, elle s'appelle Pauline, et pour autant que je sache elle n'est pas mariée...           
Tu es sûr que tu es au bon étage ?

 

-         Tu t'appelles Valentin ?

 

-         Oui

 

-         Valentin Vernoux ?

 

-         Oui

 

-         Alors je suis au bon étage

 

-         OK, pas de problème, on fait comme tu dis, je ne discute pas

 

-         Bon idée, connard

 

-         Mais bon, quand même, je ne voudrais pas chipoter sur des détails, mais vraiment je ne connais vraiment pas de Christine, brune ou blonde, tu es vraiment sûr que...

 

-         Oui, je suis sûr...

 

Et il me jette un bout de papier déchiré.

C'est une page d'un agenda de femme.

Dessus, en face de 20h00, il y a marqué Valentin Vernoux.

Et mon adresse.

Avec un gros cœur griffonné à côté.

 

Les femmes, c'est vraiment nul en secrets.

 

"Bon, alors on fait quoi maintenant ?", je demande timidement, en me relevant péniblement.

 

"Ecoute, je suis vraiment désolé, je ne vois vraiment pas de qui tu me parles, honnêtement si tu me dis que j'ai sauté ta femme, j'ai envie de te croire, ce n'est pas du tout impossible, il m'arrive d'avoir du sexe avec des femmes, mais Christine, vraiment, ça ne me dit rien, elle ne doit pas être terrible au lit, ça ne m'a pas marqué, et en tout cas, elle n'est pas là, ce soir c'est Pauline, tu verrais ce cul..."

 

Là, il m'a remis un coup de poing dans la gueule.

Je suis allé valdinguer à l'autre bout du salon.

Arrêtez de rigoler, ça fait super mal.

 

Aïeuuuh.

 

Bon, cette fois-ci, je reste assis.

Et je m'abstiens de tout commentaire.

 

Aïe.

 

Il a rangé son couteau.

 

"Va faire du café", il a dit, "on va l'attendre".

 

Huh ?

 

Attendre qui ?

Christine ?

Mais...

 

Huh ?

 

Je n'ai pas discuté, finalement.

Un café, ça me semble une bonne idée.

 

Et tandis que je boitais vers la cuisine, il m'a tendu la main.

 

"Moi, c'est Max", il a dit.

 

 

 

 

(à suivre…)

 

 

 

 

 

Publié dans 21 La Nuit du Mari

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Camille 22/04/2010 11:49


L'aparté de Dieu m'a fait pensé aux Mosos
"La communauté des Nas appelée aussi Mosos s’adonne à la liberté sexuelle, bannie l’institution du mariage, le foyer conjugal, la paternité et la fidélité.
La relation amoureuse se résume à une visite nocturne de l’homme.
Mais durant toute la vie chacun réside dans la maisonnée maternelle.
http://fr.wikipedia.org/wiki/Moso
C'est pourtant le "Royaume des femmes" société matriarcale où les hommes sont juste là pour le plaisir ou enfanter.


Milène 21/04/2010 18:25


Excellellent... Vraiment ! J'ai beaucoup ri, merci ! Et puis, maintenant je sais pourquoi les hommes dorment après l'amour ! Encore merci pour cette franche rigolade !