Lèvres Absentes

Publié le par Valentin Vernoux


Previously dans les tribulations sentimentalo-sexuelles compliquées de Emma et Valentin :

 

Bon, résumons-nous : il y a quelques jours, notre héros, profitant de façon éhontée et de l'absence de sa compagne, a fait la connaissance de Germaine et d'Emma sans une soirée ; deux baisers s'en sont ensuivis, ainsi que la destruction partielle d'un restaurant chic et l'invocation de l'esprit d'un Coulommiers ; au matin, malgré son trouble énamouré pour Emma, notre héros s'est rappelé juste à temps que sa copine rentrait le soir même et a décidé d'être raisonnable…

 

Dans les jours qui ont suivi, Emma s'est étonnée de l'absence de nouvelles de Valentin, a consolé sa copine Germaine en larmes, et a engagé une nouvelle aventure romantique avec un collègue de bureau.

 

Mais que faisait donc Valentin pendant ce temps ?

 

Flashback…

 

 


 

 

Tout est rentré dans l'ordre, et la vie a repris son cours.

 

Valentine est revenue, j'avais pensé aux fleurs et j'avais même fait des courses.

 

La vie est bien faite, je me serais presque senti coupable si je n'avais pas été aussi concentré sur la trouille de me faire gauler.

 

Heureusement, je suis super fort en opérations clandestines et infiltrations diverses, elle ne s'est douté de rien.

 

A un moment quand même, pendant que nous préparions le diner, elle m'a regardé par en dessous et m'a dit quelque chose du style : "c'était un peu long cette absence, à un moment donné, je n'arrivais pas à te joindre, je me suis demandé si tu n'en avais pas profité pour avoir une aventure, toi…".

 

Je suis resté très calme, l'air de rien, le visage impassible des grands joueurs de poker, j'ai continué à m'affairer dans la cuisine, versé l'eau des pâtes dans la salade, mis les verres au micro-onde, resservi du vin au chat, le tout sans trembler un seul instant, j'ai haussé les épaules d'un air détaché, et j'ai dit : "ah bon ?".

 

Elle a continué à me regarder d'un drôle d'air.

 

Alors j'ai ajouté :"tiens, une aventure, comme c'est drôle, mais qu'est-ce qui peut bien te faire penser ça, non mais c'est un monde, mais pas du tout, ha ha ha, non mais des fois tu vas inventer de ces trucs, toi, alors, quelle parano, mais d'abord je ne vois pas où j'aurais trouvé le temps, vraiment, j'ai été totalement débordé, tu sais à cause du truc, là, débordé débordé débordé, et puis bon où est-ce que je rencontrerais des femmes, moi, je te le demande, hein, ha ha ha ha, ah ça alors c'est incroyable ma chérie mon amour non mais pourquoi tu penses ça, non mais quelle idée, hein ?..."

 

Elle a souri, et elle a repris la cuisine sans ajouter un mot sur le sujet.

 

Pfouuu…

C'est pas passé loin.

Heureusement que je n'ai pas paniqué.

 

Non, vraiment, elle ne se doute de rien.

 

Quelle naïveté, tout de même, les femmes…

 

Et la vie a repris son cours.

 

Et je n'ai pas regretté un instant d'être là avec Valentine, auprès de qui la vie est sereine, paisible et douce.

 

Non, vraiment, aucun regret, je ne sais pas comment j'ai pu imaginer…

 

Non, vraiment, aucun regret.

 

Aucun.

 

Pffff.

 

* * *

 

Bon d'accord, il m'arrive d'y repenser.

 

Emma, cette soirée, ce baiser romantique sous la lune.

 

Emma, son décolleté plongeant, ses fesses ouhlàlàlà-ses-fesses, ses beaux yeux clairs…

 

Emma, à qui je n'ai jamais reparlé depuis ce soir si doux…

 

 

Ben non, je ne lui ai jamais reparlé, qu'est-ce que vous croyez ?

 

Tout s'est passé très vite : je me suis réveillé ce matin-là, je me suis souvenu que Valentine rentrait le soir même, il y avait des courses à faire, des fleurs à acheter, un alibi en béton à inventer, et tout l'appart à remettre en ordre, je n'ai pas trop eu le temps de passer des coups de fil, je me suis dit que je ferais ça plus tard.

 

Bon, évidemment, à peine je me suis dit cela, le téléphone sonnait.

 

Aïe aïe aïe, ça y est c'est Emma, qu'est-ce que je lui dis, ce n'est pas toi c'est moi, tu mérites mieux que ce que j'ai à t'offrir, j'ai bien réfléchi, les anneaux de saturne, ouhlàlàlà je ne suis pas du tout prêt pour cette conversation, moi…

 

Allo ?

 

C'était Germaine.

 

J'avais complètement oublié Germaine.

 

"Ah salut Germaine, tu vas bien ?

Oui, justement, ça tombe bien que tu m'appelles, j'allais t'envoyer un mail, mais puisque tu es là tu tombes bien, voilà, j'ai rencontré quelqu'un, oui, je sais c'est rapide, mais je suis très amoureux, on a diné ensemble hier, on se marie en juin, non je suis désolé je ne vais pas pouvoir te revoir, tu comprends elle est très jalouse de mes ex, tu sais comme sont les femmes, mais je suis sûre que tu vas trouver quelqu'un de formidable très vite, merci pour les merveilleux moments passés ensemble, je te souhaite bonne chance, adieu."

 

Et clic.

 

Bon, et bien ça c'est fait.

Ca s'est plutôt bien passé je trouve, je ne sais pas pourquoi je m'inquiétais.

 

J'appellerai Emma demain.

 

Et puis bon, ensuite, Valentine est rentrée, le lendemain j'ai un peu oublié d'appeler Emma, le jour d'après je ne savais plus très bien comment justifier que j'avais attendu deux jours pour appeler, et le jour suivant je me suis dit qu'elle avait du comprendre par elle-même.

 

Voilà voilà.

 

Et la vie a repris son cours.

 

Sereine, paisible et douce.

 

Voilà voilà.

 

Aucun regret, vraiment.

 

Du tout.

 

* * *

 

Alors aux soirs de lassitude

Tout en peuplant sa solitude

Des fantômes du souvenir

Je pleure les lèvres absentes

De toutes ces belles passantes

Que je n'ai pas su retenir.

 

Verlaine dit cela mieux que moi, autant citer mes sources.

 

C'est fou, je n'arrête pas d'y penser.

 

Emma.

Je me demande ce qu'elle devient.

Elle doit être furieuse contre moi.

Ou peut-être qu'elle m'attend, là-bas, quelque part…

 

Arrête.

 

Et puis ça m'est revenu tout d'un coup.

 

Elle m'a dit un truc, pendant notre conversation au restaurant, ça m'avait frappé, j'avais failli relever le nez de son décolleté pour répondre quelque chose de pertinent et de spirituel, mais finalement non.

 

Elle m'a dit où elle travaille.

 

Comment s'appelle cette boîte, déjà ?

 

Ah oui, "La Maille Picarde".

Un des derniers fabricants français de textile, sans doute, on se demande comment ils résistent à la mondialisation avec leurs produits un peu ringards pour catalogues de vente par correspondance.

 

Et je me rappelle pourquoi cela m'avait frappé.

 

J'avais un pote qui bossait dans cette boîte.

 

Enfin, un pote…

 

Gaston est un camarade de promo, un peu con, on n'a jamais eu tellement de choses en commun, mais pour je ne sais quelle raison, on se voyait assez régulièrement à une époque, on devait avoir des amis communs.

Il a tenté pendant des années de rester en contact avec moi, invitations à des barbecues ou mails de bonne année, ce genre de choses, il était toujours soucieux de bien m'informer de son ascension professionnelle et sociale, tout en entretenant ce fantasme que nous étions unis par une sorte de fraternité de régiment, une camaraderie qui sentirait bon la sueur et la nostalgie de virées homériques entre mecs.

Un vrai con, je vous dis.

 

Je ressors donc mes vieux agendas, mes cartes de visite accumulées dans les tiroirs, et je finis par le retrouver, et voilà, qu'est-ce que je disais, Responsable Commercial Région-Est à La Maille Picarde, en effet, quelle ascension.

 

Sans même m'en rendre compte, je ne sais même pas ce qui m'a pris, j'ai passé des années à éviter ce mec et en plus j'ai horreur du téléphone, mais voilà, je suis en train de composer son numéro.

 

-          Allo Gaston ? C'est Valentin…

-          Valentin ? Valentin Vernoux ? Ca alors, comment ça va vieille branche, ça fait un bail !

 

Je ne suis pas ta vieille branche et je t'emmerde, connard.

Je ne sais même pas pourquoi je t'appelle, franchement rien que d'entendre ta voix, je regrette d'habiter la même planète que toi, crétin.

Et si tu me parles de barbecue dans ton pavillon de banlieue, je viens foutre le feu à ta baraque de merde et démolir ta bagnole de fonction à coups de pioche.

 

Calme toi, tu sais très bien pourquoi tu l'appelles, tu as envie de parler d'Emma, d'avoir de ses nouvelles, de lui parler encore une fois, et ce tocard est le seul lien qui te reste avec elle.

 

-          Ouiii, Gaston, justement je me disais, ça fait une éternité que je n'ai pas appelé Gaston, alors qu'est-ce que tu deviens, mon salaud ?

 

Suit environ une demi-heure de récapitulatif détaillé des dernières marches de l'ascension sociale irrésistible de Gaston, il gravit irrésistiblement les échelons de l'entreprise, il est maintenant en lice pour devenir je-ne-sais-pas-trop-quoi-mais-il-a-l'air-content au comité de direction, sa femme attend le quatrième, il s'est mis au golf, il a une nouvelle secrétaire super-canon, ah là là mon salaud tu t'emmerdes pas, clin d'œil clin d'œil, et puis il travaille sur plusieurs projets d'acquisition mais c'est hyper confidentiel il ne peut pas m'en parler, et il vient de changer de voiture de fonction il a pris la nouvelle BMW avec toutes les options et….

 

Je crois que je vais me tirer une balle dans la bouche avant la fin de cet exposé, c'est insupportable.

 

Je fais néanmoins des aaaah et des ooooh polis, tout impressionné que je suis par son ambition et ses perspectives d'avenir dans l'industrie textile française, vas-y fonce, on y croit.

 

A un moment, il y a un blanc dans son monologue, j'en profite pour en placer une :

 

-          Alors tu es toujours à La Maille Picarde, tiens dis-donc, pendant que j'y pense, j'ai rencontré une fille à une soirée, l'autre jour, qui doit être une collègue à toi, une certaine Emma, ça te dit quelque chose ?

-          Emma, Emma comment ?

-          Euh je ne sais plus, mais tu dois l'avoir remarquée, une belle brune avec des seins, dans les 35 ans, jolies fesses ?

-          Ah oui je crois que je vois, Emma, oui elle bosse au quatrième étage

-          C'est bien possible, Gaston, je veux bien te croire, le quatrième étage ça me parait bien

-          Mignonne, mouais, je ne l'avais pas remarquée comme ça, il faudra que je la regarde de plus près…

-          Si si, je t'assure, très sexy, enfin bon je ne sais pas comment elle s'habille au travail, mais je peux te dire qu'en soirée, elle est très attirante…

-          Ah ben mon salaud, alors si je comprends bien tu l'as sautée, gros dégoutant ? (clin d'œil clin d'œil…) ; mais tu n'étais pas marié, mon salaud ?

-          Euh non, pas en ce moment, pas marié, enfin j'ai une copine, enfin bon c'est compliqué…

-          Ah ah ah ah, sacré Valentin, oui, je vois très bien ce que tu veux dire, et je peux te dire que moi aussi, tu sais, après quinze ans de mariage, je ne laisse pas passer beaucoup d'occasion, tu vois ce que je veux dire, ça y va !

-          Aaah, sacré Gaston !

-          Et tu continues à la voir, cette Emma ?

-          Non non, c'était juste une histoire d'un soir, enfin bon je l'aime bien, tu vois, j'aimerais bien la revoir, mais bon je suis en couple, tu comprends, je ne suis pas disponible, mais à l'occasion passe lui le bonjour de ma part, dis-lui que je serais ravi de la revoir en amis…

-          Oui, bon, écoute, Valentin, moi je veux bien lui passer le message, mais bon tu me dis qu'il y a au quatrième étage une brune sexy dispo pour se faire sauter par le premier venu, tu permets, je vais quand même tenter ma chance, hein, merci pour le tuyau…

-          ???

 

Oups.

 

Qu'est-ce que je viens de faire ?

 

Je voulais juste prendre des nouvelles d'Emma, moi.

 

Pas la jeter dans les pattes de ce crétin.

 

Emma et Gaston ?

 

Noooooooooooooon !

 

 

 

 

 

 

( A suivre )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, Emma

 





 

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vynce 01/02/2010 17:19


en tout cas... t'as une superbe occasion... Samedi c'est la St Gaston !!! donc tu vas certainnement l'appeler vu que maintenant entre vous 2 c'est "à la vie, à la mort" et du coupr tu embrailles...
sur sa collègue Emma... ! et pis avec un peu de chance il va faire une fête chez lui pour sa fête "une fête pour ma fête" ça c'est un concept !! hyper bobo, parisien à donf !! tu vas pouvoir aller
chercher un cadeau du style une bougie comme tu en as le secret (private joke !) et hop, ready pour le gouter samedi aprèm !! elle est pas belle la vie ??


Prune 01/02/2010 15:09


Les dîners...pour Gaston...sont en général le mercredi :-)))
Cela dit, peut-être peut il faire deux interventions?

Valentin, deux pensions alimentaires... attention, on dit jamais deux sans trois...


vynce 01/02/2010 15:07


il faut admettre que pour le spectateur attentif que je suis... j'ai l'impression que tu as rencontrer LE mec à inviter dans une soirée, le jeudi...entre amis... pour désserner le prix du Con de la
soirée... mais là, sincèrement je ne saurai dire qui invite qui parceque tu as tout de même un peu merdé...
cependant et j'avoue que ça me travaille... tu te re-mari en Juin... mais de cette année ?? tu crois pas que tu verses déjà suffisament de pensions alimentaires !! ... enfin moi ce que j'en dis...
je me réjouis de refaire la fête... ça sert tout de même à cela un mariage !!


Prune 31/01/2010 22:44


Qu'est ce que vous venez de faire, Valentin?
En français dans le texte : vous piégez tout seul
A moins que Gaston ne soit ... con.
A moins qu'Emma ne comprenne.
A moins que... tellement de petites choses peuvent changer le cours d'une vie...