Phéromones (11)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans Phéromones : tandis qu'il repoussait vaillamment les avances appuyées de Pauline, notre héros voit Fabrizio sortir précipitamment du château en se rhabillant ; certain de prendre enfin Valentine sur le fait, il se précipite à l'intérieur, et tombe sur Emma…

 


 

 

J'ai pas trop le moral.

 

Laissez-moi tranquille.

 

Non, je n'ai pas envie d'en parler.

 

Mais arrêtez à la fin, fichez-moi la paix, quoi, je suis juste un peu déprimé, j'ai besoin d'être seul, de réfléchir, j'ai besoin qu'on me laisse tranquille.

 

Vous ne voyez pas que je suis malheureux ?

 

Que j'en prends un peu beaucoup dans la figure, depuis qu'on est arrivé dans ce château ?

Manifestement, la Bretagne ne me réussit pas du tout.

 

Et en plus, voilà qu'il se met à pleuvoir.

 

Quand même, Emma et Fabrizio...

 

Le sort s'acharne, non ?

 

Déjà que Valentine couche avec...

Oui, je ne sais plus trop avec qui couche Valentine, c'est vrai.

Il y avait un préservatif tout frais sous notre lit, ça c'est sûr, mais nous ne sommes plus très certains de son propriétaire.

 

Fabrizio, Gaston ?

On n'a toujours pas tranché, il faudra quand même clarifier ce détail à un moment ou à un autre.

 

Ce qui est sûr, c'est que mes deux femmes me trompent.

 

Avec le même homme, en plus.

 

Oui, c'est cocasse, mais que Valentine couche avec Gaston ou avec Fabrizio, Emma de toute façon couche aussi avec les deux...

Cocasse, c'est le mot.

 

Et mon cul, il est cocasse mon cul ?

 

Oui, quand je n'ai pas le moral, je déprime en allitérations.

 

Pfff.

 

Et moi, comme un con, comme un grand nigaud romantique, pendant que Valentine semait des préservatifs et qu'Emma se frottaillait avec le milanais en sloggy, moi comme un idiot je repoussais les avances explicites de Pauline.

 

Pauline, avec son cul et ses petits seins fermes et tout et tout.

Pauline, qui me promettait la totale, et on ne sait toujours pas ce qui était inclus dans ce programme, mais ça avait l'air bien.

 

Quel con.

 

J'en ai toujours eu l'intuition.

Au fond je le savais, quand on refuse une occasion d'avoir du sexe sous le prétexte fallacieux qu'on serait fidèle ou amoureux ou trop occupé ou n'importe quelle excuse grandiloquente, on finit toujours par s'en mordre les doigts.

Je m'en doutais.

 

Je n'avais jamais essayé, remarquez.

Je veux dire, je n'avais jamais tenté le coup, de dire non à ce genre de proposition sexuelle, c'est une expérience nouvelle pour moi, sur le moment ça m'a paru la solution noble et prudente et mature...

Et bien une demi-heure plus tard, je regrette déjà.

 

Si j'avais pas été mature, je serais en train de me taper Pauline là-haut sous la couette, et je n'aurais même pas découvert les galipettes d'Emma et de son pizzaiolo.

 

La maturité, c'est très surfait, moi je dis.

Limite, c'est une escroquerie.

 

Si la vie se résume à être mature et noble sous la pluie tandis que les deux femmes de ma vie se pâment dans les bras de leurs amants, ou bien être fidèle à mes instincts entre les seins de la nymphomane de service, je ne suis pas certain d'avoir fait le bon choix.

La maturité, ça craint.

La maturité pue du bec.

 

A force de courir deux lièvres à la fois, j'ai bêtement laissé passer la petite cochonne.

On dirait une fable de La Fontaine.

"Les deux levrettes et la cochonne".

 

Ah non, ce n'est pas une bonne idée de penser à une levrette et à Pauline en même temps.

Bander tout seul sous la pluie, c'est trop triste.

Le si charmant petit cul de Pauline...

 

Pauline qui d'ailleurs, ça n'en finit pas cette cocasserie, Pauline qui s'est aussi tapé Gaston.

Et au moins deux autres personnes.

Ca m'étonnerait que Fabrizio ne soit pas dans le lot.

Et Cathy, sans doute.

 

En fait, ce week-end, tout le monde baise, tout le monde profite, sauf moi.

 

Je n'ai pas trop l'habitude d'être dans ce rôle là.

 

On dirait l'éclairagiste sur un plateau de film porno.

Il bande en pure perte.

 

"Les érections perdues", ce sera le titre de mon autobiographie.

 

 

* * *

 

Je suis tellement tout triste et malheureux, sous la pluie, j'ai des pensées étranges dans la tête.

J'ai presque envie de retourner vers Valentine.

 

C'est dire.

 

Je ne vais vraiment pas bien, moi.

 

Mais je me suis engagé sur le difficile chemin de la maturité, un peu par hasard il est vrai, ce n'était pas vraiment prévu, plutôt une vocation tardive, mais j'ai quand même refusé une partie de jambes en l'air avec Pauline, au péril de ma vie et de ma santé mentale, rendez vous compte, quel héroïsme, j'ai choisi la noble voie de la raison...

Autant aller jusqu'au bout et tenter une réconciliation avec Valentine.

 

Pour une fois que ce n'est pas moi qui ai pris des libertés avec nos fragiles engagements d'exclusivité, je suppose que cette fois-ci il m'appartient de tendre une main indulgente et magnanime, et de nous réconcilier.

 

Comment elle fait, déjà, quand les rôles sont inversés ?

 

Elle crie un peu, elle fait la gueule, elle me fait me sentir coupable, elle est super-forte pour ça, et puis en fin de compte elle finit par pardonner, à la condition tacite que je file doux pendant quelques semaines.

 

Je devrais savoir faire pareil, non ?

C'est un boulot de gonzesse, mais ça n'a pas l'air bien compliqué.

 

Je vais aller la trouver, Valentine il faut qu'on parle, je crois que tu as quelque chose à me dire, ne fais pas l'innocente, préservatif sous le lit, inutile de nier, je pense qu'il faut faire face à la situation, crever l'abcès, comment as-tu pu me faire ça, tu m'as fait beaucoup de peine, mais je te pardonne, allez viens là, que je te prenne dans mes bras, ahlalala quelle grande sotte tu fais, tu as de la chance que je sois tout bien mature, allez ne pleure plus, je te pardonne, mais qu'on ne t'y reprenne plus...

 

Ca me parait bien, comme plan.

 

Et puis en plus, elle finira bien par me dire à qui appartenait ce préservatif, ça commence à m'agacer de ne même pas savoir avec qui ma femme me trompe.

 

Oui, super-plan.

 

 

* * *

 

Encore faudrait-il que je la trouve.

 

Je vous rappelle que pendant que moi et Pauline, pendant qu'Emma et Fabrizio, pendant que certains d'entre nous donc poursuivaient des projets personnels, officiellement nous étions toujours censés chercher Germaine, deuxième battue organisée par Cathy.

 

On l'avait presque oubliée, tiens, Germaine.

On a un peu honte.

 

En même temps on a du mal à être vraiment inquiet, elle est partie avec ses affaires, ça ressemble toujours plus à une fugue qu'à un film d'horreur.

 

Toujours est-il que les invités sont disséminés dans le château, le parc, et les environs, à chercher mollement des indices sous l'autorité énergique de Cathy, d'ici peu on va sans doute vider les douves et draguer l'étang, et cela ne me facilite pas les choses pour retrouver Valentine.

 

J'ai fait le tour du parc en faisant consciencieusement semblant de chercher une piste, j'ai croisé presque tout le monde qui faisait aussi consciencieusement semblant de chercher, je crois que tout le monde a très peur de Cathy, même Fabrizio scrute les fourrés et bat les herbes hautes avec application.

Mais pas de Valentine en vue.

 

Je commence même à être un peu inquiet.

 

Je retourne vers le château, mais où est donc passée Valentine ?

 

Je vais aller voir à la chambre.

 

Si ça se trouve, elle est en train de se morfondre, quelque part à l'abri des regards, rongée par la culpabilité, étouffant ses larmes, tordant ses doigts, et battant sa coulpe à la perspective d'avoir peut-être détruit notre couple, oui c'est sûrement ça elle doit être en train de se torturer dans son coin...

 

T'inquiète Valentine, j'arrive, tout mature et tout, je vais te pardonner vite fait, tout va bien se passer, je prends les choses en mains, tout va s'arranger, ahlalala heureusement que je suis là.

 

J'ai monté les escaliers quatre à quatre.

 

Et en arrivant devant la porte de la chambre, j'ai effectivement entendu du bruit à l'intérieur.

 

"Oh ouiiiiii".

 

Oh oui ?

 

Ca, ça n'est pas du tout le bruit d'une femme qui étouffe ses larmes sous le lourd fardeau de la culpabilité.

 

Comment ça "oh oui" ?

 

Oh non.

 

J'accours pour la sauver de son tourment, et elle est en train de se taper Gaston sur notre lit ?

 

Oui, c'est forcément Gaston, je viens de voir Fabrizio dans le parc.

 

Je vais enfin en avoir le cœur net.

 

Tu vas voir ce que tu vas voir, salope.

Toi et Gaston, vous allez me le payer cher.

 

"Oh ouiiiii".

 

J'ai fait irruption dans la chambre.

 

Les deux corps nus emmêlés sur le lit se sont figés dans leur élan.

 

Plus personne ne disait "oh oui" tout d'un coup.

 

La chambre était plongée dans la pénombre, mes yeux avaient un peu de mal à faire le net.

 

Les cheveux de Valentine me cachaient un peu la vue.

 

Mais dessous, ça ne ressemblait pas aux cheveux de Gaston.

Ni à ceux de Fabrizio d'ailleurs.

 

Et par rapport à ce que je m'attendais à trouver, il me semblait qu'il y avait un peu beaucoup de seins.

 

Oh non.

 

Oh oui ?

 

Valentine et Pauline ?

 

...

 

Ca aurait dû être excitant, je suppose.,

Si je n'avais pas été en mode "maturité".

Et complètement sur le cul.

 

Il y a des moments comme ça, on ne pense même pas à bander.

 

 

 

 

(à suivre )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, Emma








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Cécile 04/03/2010 11:53


j'adore "la maturité pue du bec" mais je préfère encore "les érections perdues" :-)