Phéromones (14)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans Phéromones : notre héros n'a toujours pas réussi à conclure avec Emma, c'est à croire qu'ils sont maudits ; en revanche sa copine Valentine n'a pas perdu son temps, et nous venons d'avoir confirmation qu'elle s'est tapé non seulement Pauline, mais aussi Fabrizio ; Valentin hésite à pardonner…

 


 

 

De toute façon, le week-end touche à sa fin.

 

Tout le monde est en train de préparer ses valises pour rentrer vers la civilisation cet après-midi.

 

Oui, on s'est bien amusé, mais bon, voilà, demain on bosse, on serait bien resté plus longtemps, mais bon ben voilà, toutes les bonnes choses ont une fin, n'est-ce pas ?

 

Apparemment, certains des invités se sont sincèrement bien amusés.

 

J'ai du rater des bouts.

Moi, je n'ai vu que les disparitions de Germaines, agressions nocturnes sur Emmas, et chutes dans les douves, sans même parler du jeu de piste à la con.

 

Mais apparemment, pour plein de gens, même ça, c'est mieux que leur vie de d'habitude.

Ils en redemandent.

Les gens ont l'air de se faire bien chier dans leur vie.

 

Ou alors ils sont super-polis.

 

Ou alors ils se font chier poliment.

Oui, ça leur ressemble assez, ils se font chier poliment.

 

Toujours est-il qu'il est l'heure de faire les valises.

Valentine et moi n'avons pas trop le temps de reprendre notre conversation.

Valentine plie ses vêtements en reniflant.

Moi je bourre tout dans mon sac en évitant de démarrer une conversation dont l'issue serait imprévisible.

 

J'ai pris ma décision.

 

Non, pas ma décision à propos de notre couple.

Je ne sais pas du tout si je vais rester avec Valentine.

De toute façon pour se réconcilier, il faudrait reprendre notre conversation à haute charge émotionnelle où nous l'avons laissée hier, et ça, pfffff…

Aucune envie de la voir encore pleurnicher pendant des plombes.

Et pas tellement envie non plus de reparler de ses galipettes avec les deux satyres.

Non, Valentine attendra.

 

 

Mais je sais que je veux revoir Emma et tirer quelques petites choses au clair.

 

Après tout, je suis peut-être quasiment célibataire, c'est la première fois que je peux voir Emma sans me sentir coupable vis-à-vis de Valentine.

Ca peut peut-être clarifier les choses.

 

Qui sait, cela peut même rompre notre malédiction.

 

Se voir sereinement, les yeux dans les yeux, tous deux déçus par notre couple, tous deux désireux d'explorer cette autre voie, peut-être.

Tous deux pleins du désir suscité par ces quelques jours ensemble, et par ces moments manqués qui ont émaillé le week-end.

 

Et qui sait ?

Si ça se trouve, on finira par échanger autre chose que de brefs baisers.

Et plus si affinités ?

Si ça se trouve...

 

De toute façon, on ne peut pas se quitter comme ça, en étant passé si près de quelque chose...

 

Il faut en avoir le cœur net.

 

 

* * *

 

Dans la chambre d'Emma, les bagages sont faits, les manteaux pliés, mais personne.

 

Je descends au salon, et je tombe sur un drame, forcément.

Germaine est en pleurs, un comité de soutien essentiellement féminin s'empresse autour d'elle, ça commence à pousser des hauts cris et à gémir bruyamment...

 

Allons bon, quoi encore...?

 

Je m'enquiers auprès d'un des hommes présents de la raison de ce mélodrame.

 

Apparemment, Cathy a disparu.

 

Non ?

 

Vous rigolez ?

 

Mais Germaine vient juste de rentrer...

Elles font un roulement ?

Elles font maîtresses de maison par équipe ?

Une de jour, une de nuit ?

 

Mais bon, moi, à ce stade du week-end, j'ai épuisé ma patience pour les petits jeux de toute cette assemblée de dingos.

 

La seule chose qui m'importe, c'est de parler à Emma.

 

Sur la terrasse, pas de Emma.

 

Tant pis, elle doit être quelque part dans le parc, je ne vais pas me laisser arrêter par la géographie des lieux, c'est notre destin, je la trouverai.

 

Et me voilà parti dans le parc.

 

Je repasse devant la fameuse chapelle où j'avais vu Gaston et Pauline samedi, sacré Gaston

 

Et d'ailleurs, il me semble distinguer de nouveau la silhouette de Gaston à l'intérieur.

Non, Gaston, encore avec Pauline ?

Mais tu es infernal, il faut que tu te calmes tu sais...

 

Mais ce n'est pas Pauline.

 

C'est Fabrizio.

 

Nooon ?

 

Gaston et Fabrizio ?

 

Oh, après tout, pourquoi pas, à ce stade je ne m'étonne plus de rien...

 

 

* * *

 

Rassurez-vous, j'ai fini par trouver Emma.

 

Elle était assise là-bas, sur un banc, vers l'étang, plongée dans ses pensées.

 

Je me suis assis à ses côtés.

Je n'ai rien dit.

 

Elle a posé sa tête sur mon épaule.

J'ai passé mon bras autour de son pauvre corps fragile.

Je crois qu'on avait tous les deux besoin de réconfort.

Je crois qu'on avait tous les deux besoin d'un câlin.

 

On est resté assis comme ça, en silence, pendant un moment.

 

On était bien.

Ca fait du bien, un moment de calme.

Et la chaleur d'Emma aussi, ça fait du bien.

 

J'ai rompu le silence le premier.

Après tout, on a quand même quelques trucs à clarifier, et dans quelques heures, tout le monde est censé rentrer chez soi.

 

-         Ca va, toi ?      
Hier soir tu n'avais pas l'air en pleine forme...

 

-         Oui, Valentin, ça va, ne t'inquiète pas...

-         C'était quand même un drôle de week-end...

 

-         Oui, tu as raison, drôle de week-end...  
Dis donc, à propos, tu n'as pas vu Gaston en venant ? Je le cherche partout, il faut que je lui parle...

 

-         Si, je l'ai vu, mais je ne suis pas sûr que ça te plaise, je crois qu'il est dans la chapelle avec Fabrizio, et je ne crois pas qu'ils soient en train de prier...

 

Elle a été un peu surprise, pour Gaston et Fabrizio, mais manifestement elle se foutait un peu de qui Gaston se tape désormais.

 

Je lui ai dit, pour la consoler, que Fabrizio s'était aussi tapé Valentine.

Elle m'a confirmé qu'elle s'en était un peu doutée dès le premier jour.

 

Elle pensait que Gaston se tapait plutôt sa sœur Pauline.

Je lui ai confirmé que c'était aussi fort possible.

Et que d'ailleurs Pauline s'était aussi tapé Valentine.

Et Cathy aussi, sans doute.

Je veux dire Cathy et Pauline, pas Cathy et Valentine.

Quoique...

Elle a ajouté que Fabrizio avait aussi sans doute sauté Pauline.

 

Ah tiens à propos, tu ne sais peut-être pas, mais Cathy a disparu.

Non ?

Si, Germaine est dans tous ses états au château.

 

Je pensais qu'elle voudrait retourner au château pour consoler Germaine, mais Emma n'avait pas envie de consoler Germaine.

Elle a dit un truc sur les drames des goudous, ras-le-bol et tout...

Je n'ai pas cherché à comprendre.

 

Oui, vraiment, drôle de week-end.

 

On est resté encore un moment sans rien dire.

 

Et puis je lui ai demandé :

 

-         Tu lui voulais quoi, à Gaston, sans indiscrétion ?

 

-         Je dois lui dire qu'il va rentrer en train, j'en ai marre de notre histoire, je le laisse tomber

 

Et puis, après un silence, elle m'a demandé :

 

-         Et toi, tu rentres avec Valentine ?

 

-         Je n'en sais vraiment rien... Elle m'a demandé de la pardonner, mais je ne sais pas…    
Je ne sais plus si j'en ai encore envie, je ne sais pas si on peut recoller les morceaux... 

Et puis, je pense à toi tout le temps...

 

Elle m'a serré plus fort quand je disais cela.

Alors on s'est longuement embrassé sur ce banc.

Et c'était parfait.

 

Après un moment à s'embrasser partout et à se caresser partout, elle s'est levée, a pris ma main, et elle m'a entraîné un peu à l'écart dans un fourré.

 

Ca doit être ce qu'on appelle "affinités", moi j'ai toujours eu un a priori favorable, et là j'étais un militant convaincu.

 

A genoux dans le fourré, on s'est déshabillé doucement, en continuant de s'embrasser et de mettre nos mains tout partout où on avait envie de mettre nos mains.

 

Rien ne pouvait plus nous arrêter.

 

Notre destin allait enfin s'accomplir…

 

 

* * *

 

Et c'est à ce moment que nous avons entendu un bruit lourd qui pénétrait dans notre taillis.

 

Emma s'est précipitée contre moi, craignant sans doute un animal sauvage.

Au bruit ça aurait pu être un sanglier, ou un petit hippopotame...

 

Mais c'était Germaine.

Germaine le visage ravagé par la colère et les larmes.

Germaine hirsute, difforme, et très énervée...

 

Germaine tenait une grosse corde dans ses mains.

 

 

"Ah vous êtes là, vous ? Toujours en train de baiser dans les coins, hein Emma, ah ton Valentin, lui tu ne peux pas te passer de lui, n'est-ce pas, moi je peux bien crever..."

 

Huh ?

 

"Bon, et bien ne restez pas plantés là tous les deux, vous êtes ridicules à poil comme ça, habillez-vous et aider moi à trouver un arbre, je veux me pendre et je ne sais pas faire les nœuds, rendez-vous utiles..."

 

Devant nos regards ahuris, elle a cru bon de se justifier :

 

"Cathy est partie, elle me largue, elle a laissé un mot"

 

"Elle est partie avec Pauline"

 

 

 

 

 

( à suivre …  )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, Emma

 

 

 

 

Commenter cet article