Phéromones (4)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans Phéromones : nos héros Valentine et Valentin avaient finalement décidé de se rendre au week-end châtelain de Cathy et Germaine, puisqu'Emma avait quant à elle décliné l'invitation ; et pourtant, au détour d'un escalier sombre, paf, Emma !...

 


 

 

"Mais enfin, Valentine, c'est pas de ma faute, quand même..."

 

C'est vraiment trop injuste, enfin merde je n'y suis pour rien, Emma a dit qu'elle ne venait pas, elle l'a même écrit, je ne suis quand même pas responsable de ses changements d'avis comme de chemise...

 

"Je te juuuure qu'elle avait décliné l'invitation, si tu veux je te montre le texto je l'ai encore"

 

"Oui, alors là, Valentin, un conseil, je t'assure, je ne suis pas d'humeur, alors tes échanges de petits mots avec cette pétasse, il vaut mieux que je ne m'en mêle pas, je pourrais perdre mon calme"

 

Perdre son calme ?

 

Ca fait une demi-heure qu'elle fait la gueule, en faisant ostensiblement des allers-retours entre la chambre et la salle de bain pour pouvoir claquer la porte au passage, mais c'est le problème avec les vieilles pierres, les chambranles ont gonflé, les gonds sont d'époque, ça ne claque pas aussi bien qu'on voudrait pour marquer son énervement, je la comprends, c'est frustrant.

 

Sans compter que la salle de bain sinistre, quand on est déjà un peu déprimé, ce n'est pas forcément l'endroit idéal pour se remonter le moral.

 

Alors elle adopte une autre stratégie, et elle pose chaque objet sorti de la valise très fort sur les meubles ou dans les tiroirs, voilà là c'est clair que tu es énervée, les vieux meubles d'époque ça résonne bien, je suis sûr que même à Dinard ils ont entendu que tu viens de poser rageusement tes boucles d'oreilles sur la commode (je dis Dinard parce que je ne connais pas d'autres nom de villes en Brtetagne).

 

Puis elle se plante devant moi, les mains sur les hanches, et elle dit sur un ton assez cassant :

 

"Ecoute, je veux bien croire que tu n'y es pour rien, admettons, mais tu comprendras que ça me gonfle de passer le week-end coincée ici avec cette fille, non ?

Et en plus, cette chambre, non mais tu as vu cette chambre, non mais c'est quoi cet endroit, tu parles d'un week-end romantique !..."

 

"Mais ma chérie, enfin, ça non plus je n'y suis pour rien, je ne le connaissais pas ce château, comment voulais-tu que je le sache ?..."

 

"Oh arrête de pleurnicher, on a compris que tu n'y es pour rien, rien n'est de ta faute, de toute façon tu ne fais jamais rien, tu ne risques pas de commettre d'impair, hein ?"

 

"Ecoute Valentine, si tu veux on repart tout de suite, on se trouve un hôtel dans les environs pour passer la nuit, et demain midi on est à Paris, d'accord ?

Moi tu sais je suis bien d'accord avec toi, si j'avais su qu'Emma serait là, jamais je n'aurais accepté de venir non plus..."

 

"Ah ! Exactement ! Tu vois ? C'est exactement ce que je disais ! "

 

Huh ?

 

Qu'est-ce qu'elle disait, déjà ?

Elle dit tellement de choses depuis une semaine, c'était fatal que qu'elle tombe juste à un moment où à un autre, même une horloge arrêtée donne l'heure exacte deux fois par jour, n'est-ce pas, mais de quoi elle parle exactement ?

 

Heureusement, Valentine sait bien que la moitié du temps je n'écoute pas vraiment ce qu'elle dit, alors pour une fois qu'elle a soi-disant raison, elle ne voit pas d'inconvénient à me le répéter :

 

"Je le savais bien, j'avais raison, tu es complètement amoureux de cette fille, puisque tu ne veux même pas prendre le risque de passer un week-end avec elle, je le savais !"

 

Bon.

 

D'un certain côté, son argument est assez pertinent, il faudra que j'y réfléchisse, effectivement j'aurais mieux fait de me taire, si je m'en foutais complètement, d'Emma, je n'aurais pas utilisé ce genre de réplique.

 

D'un autre côté, c'est quand même gonflé de me reprocher de ne pas vouloir me soumettre à la tentation, si je comprends bien je me fais engueuler parce que j'essaie de rester fidèle, en fait...

 

Je m'apprête donc à argumenter dans ce sens mais...

 

"Bon, tu es prêt, on y va ?"

 

Huh ?

 

On est au milieu d'une engueulade, et toi tu me presses pour descendre à l'apéro ?

Tu ne respectes vraiment rien ?

Alors quoi, c'est quoi les règles, on s'envoie des arguments à la figure jusqu'à ce que tu aies raison sur un truc, et ensuite on va manger ?

 

Je referme la bouche, de toute façon pas la peine de discuter, après tout on a sans doute besoin d'un verre en effet, ça remettra les choses en perspective.

 

Malgré tout, elle est quand même toujours en colère, le temps que je remette ma montre elle a déjà pris deux cents mètres d'avance dans les couloirs, elle fait la gueule en avant-garde.

 

Heureusement, elle se perd assez vite.

 

Moi, j'ai déjà monté les bagages tout seul, en trois fois, tout à l'heure, je me suis déjà trompé de couloir ou de porte ou d'escalier assez souvent pour être désormais à l'aise avec les lieux.

 

Le couloir avec un joli portrait de femme avenante, par exemple, c'est un piège, il ne mène nulle part, ironie des décorateurs je suppose.

 

Le nôtre, celui qui mène à nos chambres, est décoré par une épouvantable croûte représentant la damnation éternelle des âmes condamnées aux enfers, c'est un bon moyen mnémotechnique.

 

Je rattrape donc Valentine assez rapidement, mais je fais profil bas, je fais même prudemment semblant d'être aussi paumé qu'elle dans ce dédale, et on finit par retrouver le salon comme par miracle.

 

 

* * *

 

Au salon, il doit y avoir une quinzaine de personnes, la conversation est déjà animée et chacun picore sur un buffet à la bonne franquette.

 

Germaine et Cathy alternent entre d'intenses sessions de bouche-à-bouche torride et la conversation mondaine avec chaque petit groupe d'invités.

 

A l'autre bout de la pièce, Gaston et Emma ont l'air de se faire la gueule aussi, ah ben oui j'avais oublié, si il y a Emma il y a forcément Gaston, chouette une personne de plus qui me déteste dans cette assemblée.

 

Mais le centre de toutes les attentions est un grand brun à cheveux longs et bouclés, il nous a fallu à peu près vingt secondes pour savoir qu'il s'appelle Fabrizio et qu'il est mannequin-lingerie à Milan, tout le monde ne parle que de lui, surtout les femmes.

 

Oui, bon, dans son genre, c'est vrai, il n'est pas mal.

 

Je repère aussi une jolie blonde avec des seins, apparemment c'est la sœur d'Emma, Pauline si j'ai bien compris, elle est plutôt sexy, et d'ailleurs c'est immédiatement confirmé par Valentine qui trouve qu'elle a de gros mollets et les cheveux filasse.

 

Alors que quand elle a vu Fabrizio, Valentine n'a rien trouvé à redire du tout, ses mollets à lui doivent être parfaits je suppose, elle est restée comme ça sans rien dire avec les yeux écarquillés, et j'ai dû lui donner un bretzel pour qu'elle ferme la bouche.

Elle a mâchouillé son bretzel sans quitter l'autre bellâtre des yeux, en disant "hmmmmmmiam", je me suis dit que ça devait être de super bons bretzels.

 

Allez hop, gin-tonic.

 

Bon, je me sens vite un peu seul, toutes les femmes sont autour de ce Fabrizio de mes deux, et lui semble ravi d'être ainsi convoité.

 

A la base, moi, un type qui s'appelle Fabrizio, qui se fait boucler la tignasse, et qui est mannequin, j'étais parti du principe qu'il aurait la décence d'être homosexuel pour compléter la caricature, et bien non, je crois qu'on est tombé sur le seul qui s'intéresse aux femmes.

 

Sa chemise blanche est presque totalement déboutonnée sur des abdominaux très énervants, et à moitié sortie de son pantalon, on dirait qu'il vient juste de se rhabiller, quelqu'un a dû bénéficier d'une session lingerie particulière.

 

Je suis sûr qu'il n'a rien dans la tête, non mais regardez-moi ça ce crétin.

 

J'en étais là de mon observation clairvoyante des choses quand j'ai entendu derrière moi une voix féminine :

 

"Bonsoir, tu dois être Philippe, j'ai beaucoup entendu parler de toi".

 

Comment ça, je DOIS être Philippe ?

Mais je ne dois rien à personne, ma petite dame, je fais ce que je veux, et en l'occurrence je ne veux pas m'appeler Philippe.

Et qui aurait bien pu vous dire du bien de moi, je crois bien que tout le monde m'en veut dans cette pièce ?

 

Mais alors que je me retourne, je me rends compte qu'elle est très sexy, alors je passe en mode civilisé :

 

"Aaaaah non, désolé, bonsoir, moi c'est Valentin, il doit y avoir erreur"

 

"Oh je suis confuse, vraiment désolée, bonsoir moi c'est Anne-Laure, c'est idiot on m'avait dit un grand balèze encore jeune avec un bouc, j'ai cru que c'était vous..."

 

Un grand balèze encore jeune, elle me prend pour le Géant Vert ou je rêve ?

 

"Non, désolé, j'aimerais vous être agréable, mais je ne suis pas ce Philippe, je suis Valentin, donc"

 

"Hi hi hi, quelle soirée, hein, n'est-ce pas que cet endroit est incroyable, vous ne trouvez pas, ça me rappelle mon enfance, les vacances avec ma maman chérie..."

 

"Oh ben dites donc, là-bas, vers le buffet, ce ne serait pas un grand avec un bouc ? Filez ma chère, je crois bien que c'est lui, allez allez..."

 

Pffff.

 

Drôle de soirée, je ne voyais pas ça comme ça, ce week-end.

 

Je cherche Valentine des yeux, et voilà, ça y est, elle a rejoint Fabrizio et sa cour, et elle est en pleine séduction.

 

Oui, on ne me la fait pas, à moi, quand elle rit comme ça en mettant la tête en arrière, et qu'elle fait comme ça avec ses cheveux, oui c'est ça comme ça, c'est son mode séduction.

 

Redoutable, d'ailleurs, je me souviens, notre premier dîner, je ne voyais plus que son cou quand elle riait, et à force de secouer sa tignasse j'avais récolté des cheveux sur mon crumble au foie gras.

 

Oui, j'avais mangé un crumble au foie gras, je m'en souviens très bien.

Les trucs importants, je n'oublie pas.

 

Bon, et bien puisque c'est comme ça, moi je me fumerais bien une clope, après cinq gin-tonic en général il faut que je fume...

 

Mais évidemment, à peine ai-je sorti mon paquet, Germaine me fait signe que pour fumer, c'est dehors...

 

Non, vous rigolez ?

Vous avez peur que ça sente le tabac ? Je veux dire par rapport aux odeurs bizarres qui flottent dans ce château ?

Vous vous rendez compte que de toute façon, toutes les peintures sont à refaire ?

Et que je me trouve à moins de trois mètre d'un énorme feu de cheminée qui nous envoie des signaux de fumée conséquents depuis tout à l'heure, dans une heure il faudra s'encorder pour ne pas se perdre dans le brouillard ?

Enfin quoi, on est en BRETAGNE, merde, c'est presque le tiers-monde, et c'est interdit de fumer dans le salon ??

 

Je m'en fous, après tout, de toute façon l'air frais me fera du bien.

 

 

* * *

 

Une fois sorti dans le jardin, un peu déprimé par le tour des événements, je me dis reprends-toi Valentin, tout s'arrangera demain, profite de l'endroit, ça va te faire du bien de rester un peu seul pour réfléchir, allez du nerf.

 

Tiens, si on montait dans la tour, allez bonne idée, tout le monde est à l'apéro, là haut tu seras tranquille pour dominer les événements, personne pour te faire chier, allez on va s'en griller une dans la tour...

 

Et me voilà à monter l'escalier en colimaçon dans la pénombre, tout fier d'avoir retrouvé l'entrée comme un grand, et waouuuuh...

 

Effectivement, c'est une sacrée vue.

 

Oui, j'ai bien fait de monter en haut de cette tour, c'est un bel endroit pour bouder et faire le point.

 

Et fumer une cigarette.

 

Tranquille.

 

Sans personne pour...

 

C'est pas vrai ?

 

Quelqu'un monte l'escalier.

 

On ne peut vraiment être tranquille nulle part, alors ?

 

Ah ben tiens...

 

Emma ?

 

...

 

Ne me demandez pas de vous raconter en détail, tout est flou dans ma mémoire.

 

Je me souviens qu'elle était là, tout d'un coup, dans la lumière de la lune, en haut de cette tour, je me souviens qu'on a commencé à se dire quelques banalités, je me souviens de son odeur dans la brise du soir, je me souviens que nos visages étaient très près l'un de l'autre...

 

Je me souviens que nous nous sommes longuement embrassés, là-haut au dessus des toits gris du château, et que c'était un très beau baiser.

 

 

 

 

 

( à suivre )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, Emma

 

 

 

 

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