Phéromones (7)

Publié le par Valentin Vernoux

 

 

Previously dans Phéromones : après une partie de jeu de piste épouvantable qui a laissé notre héros frustré, fatigué et globalement plein de gadoue, et je ne vous parle pas du flirt qui persiste entre Valentine et Fabrizio, le pire l'attendait dans la chambre, sous le lit plus exactement : pourquoi y-a-t-il un préservatif sous le lit ? Hein ? Pourquoi ?

 



 

Gloups, donc…

 

Un préservatif.

 

Usagé.

 

Encore frais.

 

Beurk.

 

Sous notre lit.

 

C'est pas sa place…

 

Ou plus précisément, ce n'est pas à moi.

 

Pourquoi j'aurais amené des préservatifs, d'abord ?

Avec Valentine, ça fait bien longtemps qu'on ne met plus ces trucs-là, c'est même une des raisons qui m'incitent à préférer les relations stables aux aventures éphémères.

 

Et quant à mes chances d'avoir besoin de ce genre de protection ce week-end, je vous rappelle que d'abord, au moment où j'ai fait ma valise, Emma n'était pas censée être là, et ensuite que dans l'ensemble on s'attendait à une forte majorité de lesbiennes parmi les invités.

 

En plus, j'aime pas les préservatifs.

Y'a jamais ma taille.

 

Mais là, manifestement, quelqu'un d'autre à trouvé préservatif à sa taille.

Petite bite, va.

Dans ma chambre.

Avec…

 

Valentine ?

 

Nooooooooon ???

 

Comment as-tu pu me faire ça ?

 

Tout allait si bien entre nous…

 

* * *

 

Oui, plus j'y pense, et croyez-moi je ne pense qu'à ça depuis deux heures, plus j'y pense et plus il est évident que Valentine et Fabrizio, dans la chambre moisie, avec le préservatif.

Cluedo !!

 

D'ailleurs, j'en ai vite eu la confirmation.

 

A peine étais-je descendu rejoindre les autres dans la grande pièce, qu'elle se précipitait vers moi, tout sourire, m'embrassant, alors vous vous êtes perdus, il paraît, j'étais inquiète tu sais, enfin bon tu es là je suis rassurée, allez viens boire un verre tout le monde est là, ah tu as mis ton joli blazer, il te va vraiment très bien, tu es très sexy comme ça…

 

Alors, hein ?

C'est bien la preuve, non ?

 

Je vous rappelle que ce matin encore, elle faisait la gueule et ne pouvait guère supporter d'être dans la même pièce que moi.

Et là, sourire, petits mots gentils, je me suis inquiétée, gnagnagna…

Elle pourrait aussi bien porter une pancarte "je me suis fait sauter par un bellâtre italien nananèère", bon c'est déjà de la belle pancarte pour écrire tout ça, mais je suis sûre que ça ne la dérangerait pas d'écrire gros.

 

On ne me la fait pas, à moi.

Une femme gentille est une femme qui a un bellâtre à se reprocher.

 

Je vous dirais bien que je suis très énervé, mais en fait je suis plutôt catatonique.

 

Huuuh ?

 

Je la regarde en douce, et elle pète la forme, qu'est-ce qu'elle s'amuse, là-bas, en pleine conversation avec le géant vert à petit bouc de l'autre soir, ne me demandez pas non plus de me souvenir des prénoms.

Elle est assise à l'autre bout de la pièce, le plan de table a séparé scrupuleusement tous les couples selon la tradition désormais bien connue de "on se mélange pour mieux se connaître", tradition qui commence à me les briser menu vu que plus on se mélange, moins il semble que qui que ce soit ait envie de me connaître.

 

D'ailleurs une fois de plus, cette règle de séparation des couples ne m'a pas pour autant rapproché d'Emma, qui est tout à l'autre bout, c'est dingue le nombre de bouts à cette table, elle est assise à côté du grand type monumental qui laisse des messages dans la forêt pour le compte de sa femme, comment elle s'appelle déjà, ah oui Karine.

Elle est où Karine, d'ailleurs, ah ben justement elle est à côté de moi, bonsoir Karine, ça tombe bien j'ai deux mots à te dire à propos de ton jeu de piste à la con.

 

Prends un ticket Karine, d'abord je trucide un porte-slip transalpin, après j'égorge mon épouse, ensuite pendant que j'y suis je me fais Gaston, il m'a toujours tapé sur le système ce con et après deux meurtres de toute façon les peines de prison plafonnent.

Après je verrai, selon mon humeur, mais Cathy et Pauline pourraient bien y avoir droit aussi, elles m'ont énervé cet après-midi, et pas le bon genre d'énervement que j'aurais espéré, avec des morceaux de sexe dedans.

Et quand j'ai fini avec ma boucherie, chère Karine, j'aimerais bien qu'on ait une petite conversation à propos de votre fameux jeu de piste, il y a un ou deux rébus qui ont résisté à ma sagacité.

 

En fait, je suis peut-être un tout petit peu énervé.

 

Je sais bien que je vous dis depuis toujours que je ne suis pas un homme jaloux.

Que je n'ai pas peur de la compétition, que de toute façon la peur n'empêche pas le danger, que je préfère une femme libre et amoureuse à une femme emprisonnée et frustrée…

 

Oui, et bien figurez-vous que c'est beaucoup plus compliqué de ne pas être jaloux quand on a des raisons de l'être.

 

Parce que je vous rappelle que non seulement préservatif encore frais sous le lit, mais en plus grand sourire, bonne humeur et joie de vivre, là-bas du côté de Valentine.

Il est difficile d'imaginer que les choses se soient mal passées sous la couette.

Petite bite où pas, il a dû assurer, le représentant en lingerie.

Valentine rayonne de bonheur, et c'est irritant.

 

Elle pourrait avoir la décence de continuer à faire la gueule, non ?

 

Mais comment elle a pu me faire ça ?

 

A moi ?

 

Moi qui ai presque toujours été fidèle.

 

Si si…

 

Oooh, quelques petites exceptions, on ne va pas non plus faire un drame pour une ou deux petites entorses au règlement…

 

Il y a des fois par exemple où c'est dur de dire non, on ne veut pas blesser la susceptibilité d'une pauvre fille déjà bien assez névrosée comme ça, ça ne compte pas, c'est pour faire plaisir.

Et puis bon il y a les fois où la fille est tellement carrément super-canon, ce serait un péché de se priver, on ne refuse pas un don du ciel.

Et les femmes des copains, bon ça, ça ne compte même pas comme du sexe, on ne peut pas compter ça dans les infidélités, clairement c'est un truc de compétition entre mecs, ça n'a rien à voir avec tromper sa propre femme…

Ou alors les fois où Valentine est en voyage, ou alors c'est moi qui suis en voyage, là je décline toute responsabilité, au bout de cinq jours sans sexe je ne suis plus comptable de mes actions, c'est une question de survie, tout le monde comprend ça.

Et bien sûr les fois où elle me casse les couilles, là c'est normal, il faut bien que je trouve de la tendresse et de l'affection quelque part, et j'ai horreur des chiens.

 

Et alors oui, aussi, il y a toutes les fois où je croise Emma, mais techniquement un bisou ce n'est pas vraiment tromper, hein, même sous la lune et si c'est vraiment un très très beau baiser, on n'a plus douze ans, on ne peut pas appeler ça tromper, hein, hein ?

 

A part ça, super-fidèle.

Je vous jure.

 

Alors, qu'est-ce qu'elle a à répondre à ça, hein, Valentine ?

 

 

* * *

 

Heureusement, Emma m'a tiré de ma crise d'apitoiement sur moi-même.

 

On peut toujours compter sur Emma.

 

Bon, je l'admets, tout morfondu par ma dernière découverte, je l'avais un petit peu oubliée, Emma.

 

D'ailleurs, en fait, pour être précis, ce n'est pas exactement Emma qui m'a tiré de ma rêverie.

 

Mais à un moment, ils ont amené une énorme pièce montée.

 

On doit en être au dessert, ne me demandez pas, je n'ai pas prêté une grande attention au repas, j'étais un peu préoccupé, j'ai vécu ça comme dans un rêve, et je n'avais pas très faim de toute façon.

 

Et puis ils ont amené cette énoooorme chose pâtissière, une pièce montée lesbienne gargantuesque, toute rose avec des petits personnages tout en haut, petits choux et chantilly tout partout, vraiment très célébration de l'amour, et surtout très goudou, on aurait cru un char de la gay pride, en plus énorme.

 

Je ne sais pas pourquoi, je n'avais sans doute pas assez mangé pendant le reste du repas, mais ça m'a donné envie de fromage.

 

Ou d'huîtres.

 

C'est étrange, non, comme association, chantilly / fromage / huîtres ?

Ca me rappelle un truc, je l'ai sur le bout de la langue…

 

Là, j'ai entendu que quelqu'un criait mon nom très fort, à défaut de très distinctement.

 

Là-bas, de l'autre côté de la pièce, Emma était debout, titubante, et avait commencé un discours improvisé et assez confus où il semblait être question de moi et de lesbiennes et de poisson et de Gaston.

 

Aïe aïe aïe, Emma a manifestement trop bu

 

Mon regard s'est tourné vers Germaine et Cathy, qui s'étaient levées elles-aussi.

Et s'apprêtaient à porte un toast à cette putain de saloperie d'amour toujours, je suppose.

Et à couper la pièce montée.

 

Tout le monde a fait silence.

 

La pièce montée.

 

Emma, bourrée.

 

La pièce montée.

 

Aaaaaaaaah, ça y est, je comprends mon association d'idée !

Emma, plateau de fromage, fruits de mer, et maintenant pièce montée, j'y suis !

 

Emma va se vautrer dans le gâteau.

 

Attention, Emma !!

 

Ah ben trop tard…

 

Ouhlalalalalala….

 

 

 

 

( à suivre )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, Emma

 

 

 

 

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