Tomate-cerise (3)

Publié le par Valentin Vernoux


Previously in Tomate-cerise : vous avez sans doute du mal à le croire vous-même, mais notre héros avait l'occasion de baiser, et il a laissé passer l'occasion ; Germaine, la petite tomate-cerise rencontrée dans une soirée, et qu'il a ce soir laissé rentrer seule chez elle, doit lui présenter son amie Emma le lendemain à l'apéro

 




 

Mais pourquoi je suis nerveux comme ça, moi, ce soir ?

 

Reprends-toi, Valentin, c'est juste un apéro avec une tomate-cerise qui te mange dans la main, et par ailleurs une fille à peine croisée hier, qui vient ce soir tenir la main de sa meilleure copine : qu'est-ce qui t'effraie ?

 

Je veux dire, au pire, tu ne vas pas parvenir à séduire l'intrigante inconnue en un rendez-vous renversant, tu as des excuses, avec Germaine dans les pattes c'est certainement un challenge ambitieux, au pire cette femme, que tu ne connais pas du tout, ne va pas succomber à ton charme à l'instant même où tu vas lui faire ton premier sourire, et bien au pire tu rentres quand même avec tomate-cerise, que d'ailleurs tu ne connais pas du tout non plus.

 

Et au mieux, tu récupères les coordonnées d'Emma.

 

Non, en fait, au mieux tu rentres avec Emma.

 

Non, il y a encore mieux, au mieux tu rentres avec les deux.

Hmmm.

 

Non, attends, tu rigoles, au mieux, tu rentres avec les deux et il s'avère qu'elles ne sont pas juste copines, et sont amantes lesbiennes super torrides…

 

Et elles habitent dans un dortoir avec l'équipe de basket féminin de l'arrondissement…

 

Hmmm…

 

Oui, tu as raison, aucune raison d'être inquiet, le "au pire" est déjà synonyme de bonne soirée, et les possibilités de "au mieux" sont presque illimitées.

Hmmm…

 

Et puis, n'oublions pas que tu as préparé le terrain avec un sens aigu de la stratégie, tu es presque en terrain conquis.

 

Oui, cher lecteur, je profite du fait que nous attendons Emma dans ce bar, elle est super en retard, pour vous raconter mes préparatifs démoniques, ha ha ha ha (rire sardonique, éclairs dans la nuit, tonnerre dans le lointain)…

 

Tout d'abord, lorsque ce matin aux aurores Germaine m'a appelé en transe pour fixer les détails de cet apéro, j'ai dû procéder avec la plus grande subtilité à une réorientation stratégique du choix de restaurant.

Sans mon intervention discrète, mais ferme, nous serions en ce moment attablés à l'Hippopotamus, et ce n'était pas la proposition la plus bizarre de sa liste.

 

Voilà comment vous nous retrouvez maintenant installés dans un bar chic et branché des beaux quartiers, bonne musique mais à un volume permettant la conversation, excellentes margueritas, bonne table si nous décidons de poursuivre l'apéritif par un dîner, et voiturier pour retrouver facilement la voiture même totalement bourré.

 

Mais le point culminant de mon plan a été atteint il y a quelques minutes lorsque je suis parvenu à convaincre Germaine que le mieux serait de ne pas étaler notre nouvelle relation aux yeux de Emma, tu comprends, pour ne pas la mettre mal à l'aise, personne n'aime se retrouver dans la position de la troisième roue du carrosse, du teneur de chandelle, mieux vaudrait lui dire que nous sommes amis, qu'il ne s'est rien passé entre nous, tu vois, un apéro entre amis tous encore parfaitement disponibles et sans engagement, je crois que c'est mieux.

 

Elle a battu des cils longuement, soupiré d'aise, apparemment je suis vraiment tellement attentionné, et c'est incroyablement sensible de ma part de vouloir mettre son amie à l'aise, et oui bien sûr j'ai absolument raison, et d'ailleurs techniquement c'est tout à fait vrai qu'il ne s'est rien passé, enfin presque hi hi hi, d'accord on va faire comme ça.

 

J'adore qu'un plan se déroule sans accrocs.

 

Et d'ailleurs, ça tombe bien, voilà Emma.

 

Germaine se précipite pour l'accueillir, elle est absolument surexcitée de la situation, à sa décharge ça doit pas leur arriver souvent que ce soit Germaine qui présente un petit ami à Emma.

 

En les regardant toutes les deux l'une à côté de l'autre, je peux comprendre pourquoi.

Emma est toute apprêtée ce soir, le maquillage est parfait, manifestement elle a fait plus d'efforts ce soir que pour la soirée Deschiens d'hier soir, c'est bon signe, et donc dans l'ensemble je me félicite d'avoir su deviner la perle dans l'huitre qui s'empiffrait de blinis au buffet hier, elle est vraiment ravissante, je serais presque impressionné si je n'avais pas déjà bu deux verres.

 

Je me lève, nous nous saluons avec un mélange de politesse détachée et de curiosité intense, je suis un peu ému sur le moment.

 

Et puis ensuite, je ne sais pas ce qui s'est passé, j'essaie de repasser le fil des événements dans ma tête pour comprendre, je ne suis pas totalement sûr des causes profondes du désastre, mais c'est certain, ça a complètement dégénéré.

 

Moi, j'étais absolument déterminé à bien me tenir, rester dans les limites d'une sobriété de bon aloi, jouer sur ma gauche une présence rassurante et énamourée (dans le coin gauche, Germaine) et sur ma droite une séduction spirituelle et charmeuse (dans le coin droit, Emma), maîtrise totale, homme du monde, ça ne pouvait pas rater, j'étais à fond.

 

Mais assez rapidement, Emma a commencé à gigoter sur sa chaise dans tous les sens, buvant cocktail sur cocktail, passant du coq à l'âne dans la conversation, tantôt ravie pour nous, tantôt dubitative, tantôt concentrée sur ma personne, et je vous jure à certains moments je croyais qu'elle allait se jeter sur moi et m'arracher mes vêtements, ça ne peut pas être que dans ma tête, je suis sûr que je lui plaisais vraiment, et tantôt parlant uniquement à Germaine, conversations de filles, et moi je n'existe plus.

 

J'ai bien tenté de proposer que nous dinions, les tournées de gin tonic se succédaient et je commençais à m'inquiéter de la tournure prise par les événements, mais autant Germaine avait faim, autant je ne crois même pas que Emma ait entendu la suggestion, elle était déchaînée.

 

Alors quand elle a commencé à me faire du pied sous la table, je ne savais même pas comment interpréter la chose. Et j'ai même eu l'impression bizarre que chaque fois que je bougeais la main pour prendre une cacahouète ou mon verre elle se débrouillait toujours pour me caresser avec la sienne, ce n'était même pas particulièrement discret.

D'un côté j'étais tout à fait ravi de voir mon charme agir aussi instantanément, mais de l'autre je n'étais même pas totalement certain que ce soit volontaire de sa part, elle semblait avoir globalement du mal à coordonner ses mouvements.

 

Il y a même eu un moment embarrassant où elle a levé la main pour parler, Germaine et moi nous sommes interrompus pour la regarder, oui Emma de quoi s'agit-il, tu veux nous dire quelque chose, exprime-toi, mais elle est restée coite, dans un genre de salut hitlérien à la salle, franchement même Germaine était interloquée.

 

Je ne peux pas dire que le fait qu'une femme boive soit de nature à me refroidir, j'ai bien connu une polonaise qui en prenait au petit déjeuner, mais là je commençais à avoir un peu peur, mon petit Valentin tu as très envie de cette femme, et comme on te comprend, mais te rend-tu bien compte de ce que tu fais, elle a quand même l'air bien barrée même selon tes critères assez indulgents, fais attention où tu mets les pieds, le doigt, ou tout autre appendice protubérant.

 

Non, vraiment, il n'y a pas à dire, malgré ma préparation minutieuse du terrain, cette soirée était en train de tourner au vinaigre.

L'alcool, qui a longtemps été mon allié dans ses soirées de séduction, se retournait aujourd'hui contre moi, serait-ce le fameux retour de bâton kharmique dont m'ont menacé tant de conquêtes d'un soir au moment douloureux de la rupture, la bibine serait-elle en train de me trahir, why oooh why ?

 

Oui, à ce moment précis, je pensais que la soirée virait au fiasco.

 

La suite allait me donner tort.

 

En matière de fiasco, je n'avais encore rien vu.

 

 

Tout d'un coup, Emma s'est levée, le restaurant entier s'est tourné vers nous quand ses couverts, son sac à main et sa chaise sont bruyamment tombés à terre, et j'ai instinctivement porté la main à mon entrejambe pour protéger mes parties génitales car dans son regard passait soudain une lueur étonnamment lubrique et démoniaque.

Mais elle s'est tournée vers la sortie et s'est éloignée en titubant, marmonnant quelque chose à propos de laisser les amoureux entre eux, tout en insistant pour que je l'appelle, à ce stade moi je ne cherchais plus à comprendre.

 

Tandis qu'elle se retournait vers nous en s'éloignant pour nous faire un signe de la main, Germaine, moi-même, et la plupart des convives du restaurant avons tenté de l'avertir…

 

Et c'est à ce moment précis qu'elle s'est pris les pieds dans le tapis, est partie en virevoltant bousculer un serveur qui portait un lourd plateau de fromages, et s'est effondrée dans un fracas épouvantable sur la table de nos voisins.

 

 

Voilà, maintenant, plus de doute, cette soirée est officiellement un désastre.

 

 

 

 

 

( à suivre, mais que va-t-il se passer ?… )

 

 

 

Nota Bene : et maintenant, il vous faut aller , et lire le point de vue d'Emma...


Et aussi, tiens tiens, Valentine a son mot à dire (elle n'aime pas trop quand je l'appelle Machine...) 

 

 

 

 

 

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vyne 20/01/2010 10:06


ça devient tout à la fois étrange mais très prenant... de l'extérieur, je peux vous assurer que l'on en salive...
c'est un sentiment de perversité "coupable" mais délicieux de voyeurisme... lisant ce qui ne nous regarde pas, les ébats des uns et des autres (en mettant sur un peid d'estale ce Valentin qui ose,
oui je dis bien qui ose, vivre ce que beaucoup d'homme et de femme de nos age aimeraient oser vivre !) et ces différents match de catch improvisé entre les ex victimes, les foldingues... bref ce
coté... catch féminin dans la boue... autre plaisir typiquement masculin j'en conviens...


Valentine 18/01/2010 12:05


Moi qui suit de très prêt cette petite affaire de coucherie, je n'ai pas le souvenir chère Anne d'avoir lu "tchin tchin 3" avant "tomate cerise 3"...Vous avez laissé Valentin prendre la main,
acceptez le avec fairplay et poursuivez l'histoire ou trouver un autre sujet d'écriture à 4 mains.


anne-laure 18/01/2010 08:41


Valentin
Je vous imaginais goujat, rustre, butor, arrogant, fat, vil, lâche et prétentieux.
J'étais loin du compte.
Vous étalez une erreur de parcours, certes de ma part, avec un faux désespoir, simplement parce que vous n'avez pas pu obtenir ce que vous souhaitiez; j'en ai honte pour vous, ou plutôt j'aurai
honte, si honte à avoir il y avait. Effectivement, je me suis comportée de manière étrange; effectivement j'ai trop bu.
Mais bien sûr, cela ne vous ai jamais arrivé. Oh non, vous êtes sans doute bien trop parfait... fichez vous de moi.
Un fiasco, cette soirée? Pour vous. Pas pour moi. Si ce n'est une terrible migraine ce matin, je ne vois pas où est le drame; je ne me sens même pas ridicule.
Vous n'aviez qu'un objectif, et vous l'avez avoué. Et je n'avais pas tort. Vous vous moquez éperdument de Germaine, et vous avez même honte de l'avoir embarquée, vous si fier de vos conquêtes.
C'est doublement lamentable, et j'en rougirais si je pouvais rougir, pour vous, bien évidement.
Mais puisque vous racontez ainsi les évènements, il me semble évident que je dois continuer également à les raconter. Admettez que j'ai eu l'hônneteté de raconter la soirée avant que vous ne le
fassiez; supportez que je continue.
A bientôt, Valentin...