Tomate-cerise (4)

Publié le par Valentin Vernoux


Previously in Tomate-cerise : toutes les conditions étaient réunies, tout devait bien se passer, notre héros devait enfin rencontrer Emma, la belle jeune femme entrevue lors d'une soirée la veille, et lui faire son grand numéro de charme ; hélas, l'alcool aidant, la soirée a monstrueusement dégénéré, à tel point que Emma vient de renverser la moitié du restaurant en tentant une sortie théâtrale…



 

Oh là là là là là là là là….

 

Le vacarme retombé, il y a un instant suspendu dans ce bar branché de la capitale, un moment hors du temps où nos yeux s'écarquillent, nos bouches béent, et nos esprits tentent de réaliser pleinement ce qui vient de se passer, ce n'est pas cartoon network, ce n'était pas un effet spécial retouché par ordinateur, ça vient vraiment de se dérouler sous nos yeux.

 

Evidemment, ensuite, tout le monde se précipite pour aider, Germaine, moi, les serveurs, la plupart des convives aux alentours, c'est la cohue, on essaie tant bien que mal de relever les victimes, d'écarter le mobilier renversé, on demande vous n'avez rien, rien de cassé, ça va, oui vous êtes un peu taché, oui d'accord vous êtes pas mal taché, c'est du gaspacho ça n'est-ce pas, oui je vois, avec un peu de munster, c'est très avant-garde-culinaire, ah oui d'accord le munster ce n'était pas pour vous, c'était le serveur qui portait un plateau, oui ça me revient, tout s'est passé si vite…

 

Assez rapidement, tout le monde est hors de danger.

Tout le monde à part Emma.

 

Au milieu des décombres, les bras en croix, la jupe relevée sur des collants filés, Emma git, la tête posée sur un Coulommiers, le corsage constellé de taches de sauces, vins et potages de toutes les couleurs.

 

Mon Dieu, elle est morte.

Mon Dieu, je viens seulement de la trouver et je l'ai déjà perdue.

 

Puis, rapidement, je réalise qu'on ne peut pas vraiment perdre ce qui ne vous appartient pas encore

Et compte tenu du contexte, je ne suis pas particulièrement pressé de faire valoir un quelconque titre de propriété.

 

Tandis que le silence se fait parmi la foule attroupée autour du cadavre, mes pensées s'emballent.

 

Non, je ne la connaissais pas très bien, on venait à peine de se rencontrer, non je ne sais pas du tout qui va payer les dégâts, voyez avec Germaine, mais non je n'ai pas l'intention de réclamer le corps, pour qui vous me prenez vieux pervers, et non je ne sais pas ce qui lui a pris, maintenant que vous me le dites, monsieur l'inspecteur, elle avait un comportement bizarre, oui peut-être était-elle sous l'emprise de l'alcool, non je ne lui connais pas de liens avec AlQuaeda, si vous voulez mon avis elle est drôlement bien épilée pour une taliban, mais vous savez moi je suis là par hasard, est-ce que je fais partie de la liste des suspects, mais non je ne l'ai pas fait boire au contraire moi je proposais qu'on imbibe un peu en commandant à dîner, oui d'accord je ne quitte pas la ville, mais non, vous allez rire inspecteur, mais en fait moi je n'étais là que pour baiser…

 

Heureusement, le fil de mes pensées est interrompu par un bruit inattendu.

 

Le cadavre ronfle.

 

Elle n'est pas morte, elle cuve son GinTonic.

 

Je soupire de soulagement, tandis qu'à mes côtés le patron du restaurant soupire de déception et peste qu'il n'y a aucune justice.

 

* * *

 

Quelques heures plus tard, l'ambulance emmène Emma aux urgences, ça va elle n'a rien, mais les infirmiers parlent de lavage d'estomac et de mise en observation au cas où, et dans l'ensemble cette histoire les fait bien rigoler.

 

Germaine a décidé d'accompagner Emma, et moi mais non ça ne me dérange pas du tout de rentrer tout seul, tiens et bien moi de mon côté je vais payer la note, alors, hein, on se partage les tâches, d'accord ?

 

Je rentre seul, donc, c'est quand même le deuxième soir d'affilée que je change de caleçon pour rien, il ne faudrait pas en faire une habitude, quand même, je suis dégouté.

 

Une malchance pareille, quand ça s'acharne sur vous comme ça, ce serait presque à vous couper l'envie de tromper votre copine quand elle part en voyage, il faut vraiment être motivé.

 

Les gens fidèles ne connaissent pas leur chance.

 

* * *

 

Le lendemain, bien sûr, j'étais de nouveau en pleine obsession, et prêt à braver de nouveau la malchance, la culpabilité et les éventuels soupçons de la section antiterroriste, pour entendre de nouveau la voix suave et envoûtante d'Emma.

 

Je récupère sans difficultés son numéro auprès de Germaine au prétexte de m'enquérir de son prompt rétablissement, Germaine se réjouit une nouvelle fois de ma sensibilité et de ma générosité de cœur, ben oui je suis comme ça moi, sensible et généreux, ça n'aura échappé à personne.

 

Et donc, j'inspire profondément et j'appelle.

 

Oui, j'inspire profondément avant, hhhhhhhuuuuuuh.

Je vous rappelle que cette femme a révélé hier soir des traits de caractère particulièrement alarmants, dans le style "premier prix de la foire internationale de l'hystérie", catégorie "manifestations spectaculaires de la nature", je vous rappelle que je m'efforce en général de me tenir bien à distance des foldingues en général et des psychopathes en particulier, et donc vous imaginez bien que si ses fesses et son décolleté n'avaient également fait forte impression sur mes souvenirs, je serais sans aucun doute en train de déménager au bout du monde pour éviter de la recroiser un jour.

 

Mais bon, on a beau connaître sa classification universelle des foldingues sur le bout des doigts, on n'en est pas moins Valentin, et Valentin tombe amoureux, c'est sa nature, que dis-je sa nature, c'est sa voie.

 

La lucidité et l'esprit critique pèsent finalement peu lorsque la libido se réveille, que les yeux se mettent à briller, et le cœur à battre plus fort.

 

Sans compter que le temps presse, je vous rappelle que Machine revient dans quelques jours, il n'y a plus de temps à perdre, c'est Emma-la-Dingue ou retour à la case Germaine, donc je prends un grand bol d'air et j'appelle Emma.

 

Au téléphone évidemment, Emma est un peu embarrassée d'entendre ma voix, je l'entends rougir de honte au bout du fil, elle a quand même rasé la moitié d'un restaurant la dernière fois que l'on s'est vu, et il faut toute la diplomatie dont je suis capable pour alléger la conversation, évacuer l'incident en riant, et se tourner vers l'avenir avec confiance.

 

Son embarras s'envole avec mon inquiétude, le charme sensuel à peine entrevu hier se réinstalle, tout ceci n'était qu'un malentendu, mais non elle n'est pas folle, elle est juste incomprise, et moi je me sens tout intrigué et ronronnant au dedans de moi.

 

Oui, nous méritons une seconde chance, et nous convenons donc d'un rendez-vous pour dîner en tête-à-tête, Germaine, qui est Germaine ?

 

Je vais dîner avec Emma.

 

Yessss !!

 

* * *

 

Et mon Dieu qu'elle est belle, ce soir.

 

Sexy en diable dans sa petite robe moulante, les yeux profonds comme l'océan, et un sourire qui fait d'emblée rater quelques battements à mon pauvre cœur innocent.

Et elle n'a même plus de Coulommiers dans les cheveux, elle a dû faire un shampoing.

 

Wahouuu.

 

Nos retrouvailles sont très naturelles, nous ne reparlons plus du désastre de la soirée d'hier, ce soir c'est juste nous deux, les étoiles, et l'avenir.

 

Elle est un peu sur la réserve sans doute, je vois bien qu'elle est encore un peu ennuyée par l'image qu'elle a donnée hier, alors je me porte à son secours, je brise la glace, je parle un peu plus que d'ordinaire, je pose des questions, je relance la conversation par quelques traits d'esprit spirituels, je suis un compagnon charmant, et je surveille sans en avoir l'air sa consommation de mojitos.

 

Son décolleté est fidèle à mon souvenir, je m'enivre de rêveries éveillées dans l'espace qui s'ouvre entre ses seins, comme dit mon ami John Smith, il y a deux types de femmes qui m'excitent, celles qui ont des gros seins et celles qui ont des petits seins.

 

Elle reste plutôt silencieuse, réservée, mais ce qu'elle dit me charme à chaque voyelle, sa voix suave, sa finesse d'esprit, son regard envoûtant…

 

Ferme la bouche, Valentin, tu baves sur ton dessert.

 

J'ai du Sinatra dans la tête, Fly Me To The Moon, je passe la plus belle soirée de ma vie de cette semaine, je ne me souviens plus très bien de ce que j'espérais de cette soirée, je m'en fiche, à mon avis c'est trop tard pour décider je suis déjà raide-dingue amoureux, je me connais un peu à mon humble avis dans six mois je suis à nouveau marié, cette femme est formidable.

 

Et plus tard sur le trottoir, Sinatra chante le Cantique des Cantiques dans ma tête, version jazzy, je n'en peux plus, je me rends bien compte que tout cela est un peu rapide, mais c'est trop tentant, je la prends dans mes bras et je l'embrasse.

 

Et c'est un baiser merveilleux.

 

Walt Disney rencontre Sex and the City, ma princesse est enfin arrivée, Paris brille de tous ses feux ce soir, et je sens qu'elle va adorer mes amis et mes parents et ma vie, on va être tellement heureux, je le sens, elle embrasse trooooop bien, c'est de l'amour je le sens, je le sais, et ça m'arrive à moi

 

 

 

 

 

( à suivre, vite, vite… )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, dans la tête de Emma...

 

 

 

 

 

 

 

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Cécile 20/01/2010 11:56


C'est sur qu'avec cette histoire sa légende en prend un coup moi j'dis ;-)mais Valentin n'a surement pas dit son dernier mot...alors au boulot Valentin (enfin celui du clavier)


vynce 20/01/2010 11:35


Oh non ! qu'ils s'aiment s'ils le veulent mais pas d'enfant s'il vous plait !!
et pis avec ce qu'on sait maintenant de la charmante Emma (et surtout tout ce qu'on a pu imaginer de la scène lorsqu'elle s'est littéralement vautrée) on aurait du mal à la regarder dans les
yeux... sans compter qu'elle aurait pu s'en sortir plus ou moins la tête haute en criant "c'est pour la camera cachée !!" ou bien "surprise surprise !!" ou... mais de là à faire semblant de
roupiller sur le coulomier pour fuir le regard des autres...
Valentin, je sais pas si tu as du boulot en ce moment mais on s'en fous... on veux la suite !!


Cécile 20/01/2010 10:33


Ils s'aiment et eurent beaucoup d'enfants ;-) j'adore...


Prune 20/01/2010 10:31


J'avais bien compris
Blonde, mais pas trop...


Prune 20/01/2010 10:19


J'apprécie votre syntaxe
Mais, nonobstant vos talents grammaticaux, Emma serait-elle une femme doutant de ce qu'elle ressent?


Valentin Vernoux 20/01/2010 10:25


Oh, moi je disais ça juste pour le plaisir d'un calembour grivois, je n'ai pas su résister...