WAF (2)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans "WAF" : notre héros a découvert le concept du WAF, "Woman Acceptance Factor", et s'efforce désormais d'aligner sa vie en tous points sur ce qu'il présume des attentes des femmes…

 


 

 

 

Bon, j'ai l'air de faire la fine bouche, mais entendons-nous bien, je n'avais aucune raison de me plaindre.

 

Le plan fonctionnait à merveille.

 

En ajustant avec application mon petit univers aux préférences exprimées de mes concitoyennes, appartement propre, grands placards, frigo et salle de bains accueillants, il était clair que j'attirais le chaland.

Elles se sentaient en sécurité, rassurées, et elles pouvaient commencer à gamberger tranquillement sur la place qu'elles voulaient prendre dans ce petit monde.

 

Et pendant qu'elles mesuraient du regard l'espace libre dans mes penderies, ou passaient distraitement le doigt en haut des armoires en quête de poussière accumulée, moi je profitais avec plaisir de leur présence dans ma vie, et je meublais mes nuits au contact de leur corps insatiable.

 

La femelle divorcée des Yvelines est peut-être totalement névrosée, mais son petit cul ferme de joggeuse enthousiaste abonnée au Gymnase Club faisait son petit effet sous la couette.

 

Au sortir de mon divorce pénible, je n'allais pas laisser passer une opportunité de meubler ma solitude, et soulager ma libido dans le même temps.

 

Après avoir inspecté en détail les lieux, elles se lançaient bien sûr dans un entretien de recrutement interminable, pour vérifier point par point que j'avais, pour entrer dans leur vie, les qualités requises.

Et je brillais par la pertinence de ma candidature.

 

Car voyez-vous, n'allez pas croire qu'une vie WAF se résume à quelques adaptations du décor.

L'homme WAF a aussi fait le ménage dans sa tête, l'homme WAF a inscrit son coca-light et sa salade et son sèche-cheveux au cœur même de sa personnalité.

Un homme rassurant dans une vie accueillante.

L'homme WAF est disponible, il sait écouter, il est serviable et généreux, il envoie spontanément des messages amoureux joliment tournés, il a de la conversation, il achète des fleurs, il n'est jamais vulgaire, il est patient avec ses conquêtes, mais passionné quand elles s'abandonnent enfin.

 

Ca m'a pris un certain temps pour affiner le personnage et pouvoir jouer le rôle sans effort, mais dans l'intervalle, en cas de doute, je faisais exactement comme si j'étais homosexuel, spirituel et sensible, et ça passait très bien comme ça.

Les opportunités de rassurer ces dames sur mon orientation sexuelle ne manquaient pas, dès le soir venu.

Je rassurais le jour, et je rassurais la nuit.

 

Elles me trouvaient vraiment parfait, et elles pensaient déjà aux prochaines étapes.

Souvent, au hasard d'une conversation, elles se réjouissaient de me trouver des points communs avec leur ex-mari. Apparemment, cela les rassurait aussi.

"En fait, tu t'entendrais très bien avec mon mari", me disaient-elles…

Vu ce que j'ai l'intention de faire subir à son épouse dans quelques heures, pardonnez-moi, mais j'ai mes doutes.

 

Heureuse période de mon existence, où j'ai fait rêver la bourgeoise en quête de conjoint, et significativement contribué à la détente des orifices féminins du grand ouest parisien.

 

Evidemment, tout cela demande de l'énergie.

De l'énergie pour coller au personnage avec assiduité.

De l'énergie pour renouveler régulièrement mes partenaires, aussi.

 

Car bien sûr, dès ma candidature agréée au rôle de conjoint potentiel, une demande d'engagement se faisait jour.

 

Bon, Valentin, j'aimerais bien qu'on parle, j'ai besoin de savoir où on en est tous les deux, je suis bien avec toi mais ça va où, exactement ?

 

Heureusement, la nature est bien faite.

En général, au moment même où elles se décidaient à passer au niveau supérieur, je commençais précisément à me lasser de leur présence.

 

Pour satisfait que je fusse de renouer des rapports apaisés avec la gent féminine, et de leur bourrer sauvagement l'arrière-train à intervalles réguliers, j'ai fini, forcément, par comprendre que l'on ne bâtit pas un couple sur le partage des espaces sanitaires et des penderies et du bac à légumes.

 

Et qu'à force de vouloir n'effrayer personne, je vivais des amours parfaitement aseptisées avec des maniaques du contrôle et de la domestication conjugale, à la recherche d'une nouvelle paire de couilles à broyer.

 

Il était temps de remettre un peu de personnalité dans tout cela.

 

 

* * *

 

Si je ne veux pas me contenter de sauter de la bourgeoise frustrée pour le restant de mes jours, il est temps de se demander plutôt ce que veulent les femmes intéressantes.

 

Après tout, on peut avoir du coca-light au frigo et du démaquillant dans sa salle de bains, et être néanmoins un vrai mec, on peut être patient et sensible et pourtant savoir ce que l'on veut dans la vie, on peut être rassurant sans se laisser marcher sur les couilles.

 

Mon nouveau totem de vie était l'éléphant : docile et travailleur, mais vaut mieux ne pas trop le faire chier non plus.

 

J'ai adapté le décor à ce changement de cap.

Il était grand temps de laisser entrer un peu de chaos dans ma vie.

 

J'ai pris l'habitude de laisser traîner des piles de livres sur les tables basses plutôt que de les ranger consciencieusement sur leurs étagères.

J'ai laissé les CDs s'accumuler par strates successives dans les coins, et même pas par ordre alphabétique, juste par paquets historiques.

 

J'ai acheté des meubles par coup de foudre, sans me soucier du fonctionnel, juste parce que ça me faisait rire d'avoir des chaises roses ou un tabouret de bar, sans raison précise.

IKEA est peu à peu descendu à la cave, remplacé petit à petit par de jolies choses.

 

J'ai mis quelques images aux murs.

J'ai suspendu mes guitares, et ressorti les amplis.

J'ai rempli le bar à ras-bord de bons vins et d'alcools forts.

 

Et les femmes ont continué de venir.

Ma bohème ne les a pas chassées.

Elles n'ont pas fui.

 

Elles sont juste restées pour de nouvelles raisons.

 

Je leur rappelais moins leur ex-mari, mais elles se sentaient bien.

Le décor était moins bien rangé, mais il suscitait plus de sujets de conversation.

Le tabouret de bar était dans le passage, mais il leur donnait des idées érotiques.

 

La clientèle a rapidement évolué.

Les dingos du remariage écarquillaient les yeux devant les chaises roses, fronçaient du sourcil devant les piles de comics américains, rentraient bien vite chez elles, et ne revenaient pas.

 

Bientôt, mon canapé accueillait plutôt les rebelles de l'ultra-gauche et les artistes un peu barrées, les journalistes qui fumaient comme des pompiers, les bobos qui picolaient sévère, les filles cool et libérées, le sexe était sensuel et sauvage, et plus personne ne me parlait de mariage.

 

Oubliées les comédies romantiques, on pouvait enfin voir de bons films et écouter de la bonne musique et se bourrer la gueule, refaire le monde vautrés dans le salon, sans se soucier d'avoir l'air d'un bon parti.

 

A décor chaotique, visiteurs imprévisibles.

 

Ca partait un peu dans tous les sens, mais c'était souvent très drôle, et je pouvais m'imaginer faire un bout de chemin avec telle ou telle.

En tout cas, ça me fait rire avec le recul.

 

J'en ai niqué du bizarre, du barré, du parfaitement imprévisible...

Qui sème le chaos récolte la foldingue.

Mais dans l'ensemble, je me suis bien amusé sur les montagnes russes de leur affection sans rimes ni raison, et mon cœur s'est ému à la chaleur de leur folie douce.

 

Et pendant une vie, ou deux, ou plus encore, j'ai été heureux et satisfait de leur plaire et de les accueillir, ma vie leur plaisait, j'étais acceptable, et toujours ravi de leur faire une place dans mon nouveau WAF à moi que j'avais.

 

Nous n'étions d'accord sur rien, nos chandelles brûlaient par les deux bouts au grand dam de nos poumons et de nos foies, nos amours étaient souvent éphémères, mais nos cœurs se reniflaient avec bonheur le temps d'un printemps inattendu.

 

 

Tout ceci ne me rapprochait pas forcément de la fameuse femme de ma vie, celle qui allait construire avec moi le reste de nos âges, celle qui ferait de nouveau rimer amour avec toujours.

 

Je tentais bien de me persuader que ma démarche par approximations successives, à base d'échantillonnage large parmi la population féminine d'Ile de France (et occasionnellement parmi les étrangères de passage et les provinciales en migration), une méthode fondée sur l'immersion totale parmi la faune considérée et d'observation assidue, voire exhaustive, en milieu naturel, je prélève, j'étudie, je bague, je remets en liberté, je tentais bien de me persuader que la rigueur de ma démarche quasi-scientifique était la voie vers ma future femme de ma vie.

 

Mais la vérité, sans doute, est que je n'étais plus aussi pressé.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 (à suivre…)

 

 

 

 

 

Publié dans 20 WAF

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Commenter cet article

Hotllywood 23/04/2010 17:34


Dans la première partie je t'ai senti glisser vers Hugh Grant (et ça m'a inquiété ;-) ) Mais dans la seconde tu as totalement occulté la partie fringues.
Iledefrancenication, mais ou est la Porsche cabrio bien foutraque?

A suivre...