WAF (3 & fin)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans "WAF" : depuis que notre héros a décidé de vivre sa vie selon le concept du WAF ("Woman Acceptance Factor"), les femmes l'adorent et autant de jolies aventures s'ensuivent…

 


 

 

 

Allez comprendre.

 

Le WAF avait changé ma vie.

 

J'avais enfin trouvé la formule magique pour attirer les femmes dans ma vie, et surtout pour les y retenir, j'étais enfin en tous points acceptable à leur yeux, on aurait pu croire que je mettrais à profit ce talent nouveau pour sceller enfin un destin magique avec la femme parfaite, qui m'attendait là dehors, quelque part.

 

Et en fait, plus le temps passait dans ma nouvelle vie, et moins je me sentais pressé de convoler de nouveau en justes noces.

 

Au plus grand bonheur des femmes de mon entourage, et à l'inquiétude générale des maris, je restais disponible et sans attaches.

 

De loin en loin, une femme partageait ma vie pendant quelques temps, et j'étais sincèrement amoureux et prêt à m'engager de nouveau, et les autres femmes de Paris pleuraient en place publique, et les autres hommes respiraient un instant, et ma meilleure amie Serena se marrait de me voir raide-dingue-amoureux de nouveau, elle qui a toujours un peu du mal à croire à mes émois et à leur durée.

 

De loin en loin, je me voyais assez bien replonger sans regrets dans une vraie vie de couple, la totale, les réveils et les couchers, les petites maniaqueries, les moments d'agacement, la vie sans maquillage ni brosse à cheveux, tous les jours l'un contre l'autre, le quotidien et la vaisselle et descendre la poubelle et tout le toutim.

Toutes voiles dehors, j'embarquais sans regarder en arrière, dans le grand voyage de la vie à deux, et je ne voyais plus qu'à peine le rivage, et les vents semblaient favorables, et j'étais très heureux, allez, on fonce, on s'en fout, on se débrouillera, allons-y.

 

Et puis finalement, l'aventure s'épuisait d'elle-même, et nous rentrions au port, pour repartir chacun de son côté.

 

Ne retenez pas votre souffle, il n'y a pas de conclusion lacrymale, ici ce n'est pas Walt Disney, je peux vous laisser lire de suite la dernière page, la page du jour, aucun retournement ultime de l'intrigue pour satisfaire le public familial, toujours pas de femme de ma vie dans ma vie d'aujourd'hui.

 

L'amour ne manque pas dans mon existence, ni les nuits d'ivresse parfumées, mais point de serments ni de promesses, l'avenir de mon cœur est une page presque blanche.

 

Tremblez, maris, Valentin est libre comme l'air, et il bande encore.

 

Et il est au top de son WAF.

 

 

* * *

 

Alors, pourquoi ce revirement, me direz-vous ?

 

Comment ai-je perdu ma voie, oublié l'objectif initial, comment me suis-je installé dans cette vie célibataire, alors que le but ultime apparaissait enfin à ma portée ?

 

Ne croyez pas que je n'aie pas réfléchi au sujet.

 

Ne croyez surtout pas que je vais vous épargner le résultat de mes réflexions.

 

Pendant longtemps, l'hypothèse qui a eu ma préférence à été ce que j'avais fini par appeler le "Théorème de la Noix de Coco".

 

Si vous avez besoin d'une noix de coco à Paris, ou à New York ou à Francfort, on s'en fout, si vous avez vraiment besoin d'une noix de coco, vous voulez faire une recette spéciale à base de ..., oui, on s'en fout aussi, imaginez juste que vous avez absolument besoin d'une noix de coco, bon vous allez dans la boutique adéquate, vous achetez votre noix de coco au prix fort, vous la ramenez chez vous, maintenant c'est votre noix de coco, vous vous êtes assez fait chier pour aller l'acheter, cette noix de coco vous appartient en propre,

 

Maintenant imaginez que vous alliez vivre sur une plage tropicale où les noix de coco tombent chaque nuit et jonchent la plage tous les matins pour votre plus grand plaisir.

 

Le premier jour, vous êtes super-content d'avoir trouvé une noix de coco devant la porte de votre hutte (oui, vous vivez maintenant sous une hutte, essayez de suivre, un peu...), c'est votre nouvelle noix de coco, vous êtes super fier de la bête, vous avez la plus grosse, vous vous en sentez légitimement propriétaire, vous avez plein d'idées de recettes pour l'accommoder, que personne ne vienne vous piquer votre noix de coco, c'est la vôtre, c'est vous qui l'avez trouvée.

 

Et là, assez rapidement, vous vous rendez compte que tout le village vous regarde bizarrement.

 

Et que la plage entière est jonchée de noix de coco, toutes pareilles à la vôtre, ou presque.

 

Vous avez compris, je pense.

 

L'idée du fameux Théorème de la Noix de Coco, c'est que lorsque quelque chose existe à profusion, l'instinct de propriété tend à perdre toute justification.

 

D'ailleurs, vous ne vous sentez même pas particulièrement propriétaire de votre hutte non plus, depuis que vous avez compris qu'il faut à peu près une heure pour en construire une avec des branches de palmiers.

Vous ne vous sentez pas trop engagé non plus dans ce nouveau choix de résidence, si demain la plage d'à côté semble plus accueillante, vous irez sans regret reconstruire là-bas.

 

S'il suffit de se baisser pour ramasser des trésors, alors quel besoin de s'engager pour l'avenir ?

 

Si ma vie est assez WAF pour accueillir régulièrement de nouvelles femmes, quel besoin de s'inquiéter pour mes vieux jours ?

 

Il y a toujours une autre noix de coco.

 

Je ne suis plus inquiet, et donc je ne suis plus pressé de conclure.

 

 

* * *

 

Il y a sans doute un peu de ça.

 

Calme, paisible, décontracté du gland, je considérais la vie avec sérénité, et ni le mariage, ni la vie de couple, ne me paraissaient plus soudain aussi indispensables.

 

Je le confesse, il y a sans doute du vrai dans cette analyse.

Rien ne semble très urgent quand on vient de tirer son coup.

 

Mais je crois que les choses sont plus subtiles qu'il n'y parait...

 

Voyez-vous, en ajustant aussi ma personnalité et ma vision de la vie aux attentes supposées des femmes, j'ai également modifié mes propres attentes.

L'homme WAF est détendu, pas inquiet, il ne met pas la pression, il prend les choses comme elles viennent, il n'est pas obsédé par la suite, il ne gâche pas aujourd'hui avec ses plans pour demain.

 

Mes femmes ont adoré ça.

Un homme qui vit dans le présent, qui ne s'angoisse ni pour le passé, ni pour l'avenir, qui consacre toute son attention à l'instant, à la jouissance du moment, ça les a épatées.

Un homme qui dit la vérité, sans se soucier de risquer de vous déplaire demain.

 

Peu à peu, je me suis adapté à votre envie de prendre les choses avec simplicité et gratitude pour les petits plaisirs immédiats, à votre réticence pour la glue oppressante des affaires arrangées à l'avance, à votre désir d'aventures insouciantes et rêveuses.

 

Un homme sans ultimatum.

 

J'y ai pris goût, voyez-vous.

 

Nous avons bien profité du présent, nous avons lâché prise de concert, nous avons pris la vie du bon côté.

Et l'envie irrépressible du moment parfait a chassé le besoin de plans sur la comète.

 

Ensemble aujourd'hui, nous n'avions plus besoin de nous promettre de lendemains qui chantent.

 

Mesdames, ceci est la terrible vérité, si je suis tel que je suis, libre et sans engagement, c'est que vous me vouliez ainsi.

 

 

* * *

 

Mais la vérité est encore ailleurs.

 

En fait, à force de chercher à vous plaire, j'ai fini par m'aimer.

 

En cherchant votre approbation par tous les moyens, en arrangeant ma vie et mon décor et mon comportement à votre goût, pour vous plaire enfin, j'ai fini par trouvé m'accepter moi-même.

 

En poursuivant le WAF avec assiduité, j'ai fini par trouver mon VAF, mon Valentin Acceptance Factor, et j'ai fini par aimer vivre avec moi-même.

 

Votre regard sur moi m'a apaisé, et je n'ai plus peur de demain.

 

Et l'idée du couple, l'idée d'avoir au moins réussi ça, cette idée étrange que l'on est un homme puisque l'on a une femme, cette idée a perdu peu à peu de sa vigueur.

 

J'aime votre compagnie, mais elle n'est plus indispensable à mon estime de moi.

 

Je n'ai plus besoin de votre présence, j'en ai seulement envie, encore et encore, comme cela viendra, sans projets précis, sans résolutions, juste selon notre humeur du moment.

 

Je m'aime, et vous m'aimez pour cela.

Vous m'aimez, et cela me suffit pour l'instant.

 

Demain peut-être, vous ou une autre, nous hisserons les voiles et nous vivrons ensemble une longue et belle vie d'amour, sereine, et riche de tout ce que moissonne une vie à deux.

 

En attendant, ma vie est amusante et pleine de rebondissements.

C'est déjà ça.

 

J'ai tout mon temps.

 

 

( Fin ! )

 

 

 

 

 

Publié dans 20 WAF

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

tykayn 14/11/2010 23:44


toujours aussi bon et bien écrit :)
la patience ça a du bon et on l'oublie trop souvent dans ce monde de culte de la performance.


Hotllywood 24/04/2010 10:51


Te fatigues pas: je suis un Parisien expatrié ;-)

A aucun moment je n'ai ressenti d'empressement dans ton parcours ni meme de quete (sans répétition) quand à la mise en couple forcenée, elle est vouée par essence à l'échec ou à la platitude
extreme (donc à l'echec aussi tiens!)
Il n'existe pas de business-plan qui fonctionne, rien que l'envie en réaction à la fille qu'on fréquente.
Jouer un role (par ce que finalement c'est la bonne moitié de cette histoire) ne vaut à mon sens que pour les rencontres à visée ludique dans la mesure ou on accroche plus de dindasses que de
filles capables de sentir clairement qui se cache derrière les apparences.

C'était surtout ça que je voulais dire.

Mais je t'ai peut etre mal compris et je devrais relire?


Hotllywood 23/04/2010 18:41


waloteh! va pas me faire le coup du compartimentage ;-)

L'homme c'est que des peut etre...


Valentin Vernoux 23/04/2010 19:17



 Oui, mais il me semblait retrouver dans ton commentaire l'argument massue "oui ben c'est bien joli tout ça, mais tu finiras bien par rentrer dans le rang dans ton grand âge", j'ai dû me
tromper.


Pour mémoire, je ne suis pas hostile à la vie de couple, je l'espère de tout mon coeur, j'y plonge avec délices lorsque les conditions sont propices, je dis juste que je ne suis pas pressé, et je
soumets l'hypothèse que le fait de ne pas être pressé me rend sans doute meilleur partenaire amoureux.


Waloteh, c'est Valentin en quoi ? En Chti ?


:-D



Hotllywood 23/04/2010 17:59


Bien
Bon
En fait non.

Ce qui est kleenexable (dans la réalité vraie-vraie de la shampouineuse et de la femme mariée) ne vaut que l'usage de l'instant.
Et donc... ne redore pas l'égo.

Donc pour l'instant ta vie est amusante ;-)


Valentin Vernoux 23/04/2010 18:14


Rassure-moi, on ne va pas se refaire "envie versus besoin" ? ;-)


Camille 22/04/2010 10:09


C'est pire que je croyais (rire !)