X (4 & fin)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans "X" : à revisiter avec nostalgie (et pas mal d'autosatisfaction assez futile) son passé amoureux, notre héros se remémore aussi quelques mauvais souvenirs, tout n'a pas toujours été rose...

 

 

Heureusement, il y a les copines.

 

Je suppose que c'est l'âge, peut-être même une sorte de sagesse.

Ces dernières années, j'ai eu de chouettes ruptures.

 

J'y ai gagné des copines.

 

Lorsque l'amour semé n'a pas fleuri, si l'on s'y prend avec délicatesse, autre chose peut encore éclore.

 

On n'est pas obligé de se quitter dans la douleur et les larmes.

Parfois, on n'est même pas obligé de se quitter du tout, point n'est besoin de mettre les points sur les i, nous avions tous les deux vite compris assez vite que nous n'étions pas crédibles dans les rôles de Roméo et Juliette.

 

Parfois, nous sommes déjà des ex lors de la première rencontre et du premier émoi.

 

On fait semblant avec application, on se renifle avec délices, on se revoit avec plaisir, on suit pas à pas les jeux de l'amour et du hasard, c'est bon aussi de faire semblant parfois, on croit même voir les papillons roses, ce serait une belle idée, c'est une belle personne, ce serait une jolie aventure.

 

Mais tout au fond, on ne se fait pas vraiment d'illusions, ce que l'on a reconnu en l'autre ne tiendra pas la durée, les papillons sont juste des souvenirs, des déjà-vus, on est bien ensemble et on prolonge autant que l'on peut l'illusion, on se câline et on se roule sous les draps et on s'embrasse dans les rues de la ville et on s'envoie des messages tendres, et la tendresse est bien là, et l'envie de l'autre, mais ça ne va pas le faire.

On ne va pas se raconter d'histoires, on sait bien qu'il ne suffit pas de se plaire pour faire un couple.

 

La complicité a déjà pris racine, il n'y a pas besoin de faire des phrases, ni de tout analyser au microscope électronique, on a bien noté tous les deux que la mayonnaise ne prend pas, et c'est tout.

Et ce n'est pas bien grave.

 

Avec elles, rien ne s'est jamais bâti, aucun projet n'a été dessiné, aucun horizon, et le temps de quelques baisers, le temps de quelques nuits, nous savons tous les deux que nous sommes déjà des ex.

 

Avec elles, il n'y a jamais vraiment eu d'enjeu, jamais vraiment le temps d'être en désaccord sur la nature de notre relation, jamais de raison de s'en vouloir.

 

Et nos rapports sont bien meilleurs depuis que l'illusion est dissipée.

 

On pourrait appeler cela de l'amitié.

Si l'on avait vraiment besoin de nommer ce sentiment, s'il était utile de l'expliquer.

S'il fallait vraiment le justifier.

 

Hélène appelle ça "copains de couette".

C'est une jolie étiquette, s'il en faut une.

 

Certaines appellent encore certains week-ends pour proposer une sortie, et plus si affinités.

Je suis souvent ravi de les revoir, et plus si affinités aussi.

A la table d'un café ou sous la couette, nous revisitons ce moment délicieux de notre rencontre, sans plus mettre de mots sur l'envie, complices d'un détournement de destinée.

Nous ne nous aimerons pas pour toujours, mais nous pouvons nous aimer parfois.

 

Avec d'autres, il n'est plus question de galipettes.

Elles ont rencontré quelqu'un, elles sont retournées vers leur destin, elles ne veulent pas de cette ambiguïté, peu importe au fond.

Parfois, aussi, je suis dans un moment de fidélité.

Les corps restent à distance

Cela me va très bien.

Je garde mes mains sur la table.

 

D'autres appellent quand elles ont juste envie de parler, et posent leur tête sur mon épaule au bout du fil.

 

Une autre a eu un enfant qui aurait pu être le mien, un enfant dont je rêve parfois encore que je l'aime contre toute raison.

 

Parfois on se perd de vue.

Mais j'aime l'idée que je serais là pour elle, au moindre appel au secours.

 

Ce sont de belles amours, légères et en liberté.

 

 

* * *

 

Certaines sont parties fâchées, tout d'abord.

 

Nous ne nous sommes retrouvés que bien longtemps ensuite.

 

Des années plus tard, j'ai reçu un message apaisé, ce que je devenais ne l'indifférait plus, elle répondait enfin à ma question polie, elle me donnait enfin des nouvelles.

Elle allait bien, au cas où vous voudriez le savoir.

On va prendre son temps.

Un jour sans doute, nous nous retrouverons autour d'un verre.

Et qui sait ?

Prenons notre temps.

 

Et Sophie.

Je l'ai revue dans le métro, par hasard, des années plus tard.

Je crains de n'avoir pas beaucoup mûri entretemps, mais elle n'était plus tout à fait aussi jeune, et elle semblait contente de me revoir.

Elle a minaudé que je lui avais manqué.

Je lui ai rappelé qu'elle était à l'origine de notre rupture, et elle a baissé les yeux.

"Je sais, je n'ai à m'en prendre qu'à moi-même" a-t-elle dit en souriant, avec des yeux langoureux à la Lauren Bacall.

La suite est classée eX.

 

Elles finissent toujours par réapparaître dans ma vie, semble-t-il.

Celles qui sont encore loin, exilées dans les îles ou sous les glaces de l'est, attendent tout simplement leur heure.

Notre histoire n'est pas terminée.

Il était bien inutile de vous échapper aussi loin.

En attendant, je rêve de nos retrouvailles, mes yeux distraits au plafond, en écoutant du Sinatra.

 

Notre rupture s'efface peu à peu, et ne reste que de l'affection.

Et l'envie de poursuivre ces conversations, ces murmures, cette musique enjouée.

 

 

* * *

 

Quand l'aventure a été légère et sincère, quand la fin est venue naturellement, sans combat, sans larmes, que la rupture vienne d'elle ou de moi, il ne reste que le charme des moments partagés, la clarté des sentiments.

 

Au fond, ce n'est jamais l'échec qui nous laisse des souvenirs amers.

La rencontre amoureuse est une aventure, une grande part de notre excitation nait dans la possibilité de se tromper, dans l'incertitude des lendemains, dans l'impossible accumulation des obstacles devant nous.

 

Nul ne saurait dire combien de temps l'histoire sera belle.

Seul notre dernier amour dure jusqu'à la fin.

Pour ceux qui ne meurent pas seuls, dévorés par leurs chats.

 

Les ruptures ne sont que le dernier couplet de la chanson.

Les yeux dans le vague, je rêve de ce que le prochain refrain aurait pu être si la chanson s'était poursuivie un peu.

Mais pour toutes mes divagations, pour mes occasionnels regrets, je n'ai pas d'amertume.

Toutes les chansons ont besoin d'une fin.

 

Cela ne m'empêche pas de les fredonner de nouveau certains soirs.

 

Seul notre dernier amour est inachevé, impossible à fredonner, trop tard pour réorchestrer les souvenirs.

 

Non, ce qui nous emplit d'amertume et de colère, des années plus tard, ce n'est pas la rupture.

 

C'est le souvenir vivace des mois et des années de pourrissement de la relation, tout ce temps et cette énergie et ces sentiments violents, perdus dans ce purgatoire morbide où notre histoire agonisait.

 

La chanson était terminée, et nous continuions à danser.

En se marchant copieusement sur les pieds.

Un peu à dessein.

Dans ces périodes-là, chaque instant de revanche est une ponctuation inespérée.

 

Si nos yeux avaient été ouverts, et nos esprits prêts à faire face, nous nous serions séparés paisiblement, lorsque le moment était venu.

Nous nous serions épargnés beaucoup de cruautés inutiles, beaucoup de mélasse brûlante déversée sur nos plaies, beaucoup de bruit pour rien.

Nous n'aurions pas sauvé notre amour, mais nous aurions sauvé nos souvenirs.

Et nous saurions aujourd'hui nous parler sans colère.

 

Comme des produits périmés sur l'étagère de mon frigo, les amours qui n'ont pas su se conclure répandent encore leurs ferments avariés dans mon souvenir, et me font oublier les jours heureux.

 

 

 

Je vous le promets, futurs amours de ma vie, qui allez demain partager ma vie et mes pensées.

 

Lorsque le temps sera venu, lorsque la chanson atteindra ses dernières notes, je vous promets de ne pas poursuivre la danse.

 

Notre amour restera frais comme au premier soir, plein de vie et d'enthousiasme, vivide comme aux plus beaux jours, nous ne le laisserons pas expirer dans la médiocrité ou la souffrance.

 

Nous serons tous deux déçus que la vie ne nous ait pas emmenés ensemble jusqu'au trépas, que nos corps ne nourrissent pas un jour côte-à-côte nos meutes de chats.

Tant pis.

 

Nous saurons finir en beauté, et préserver nos souvenirs.

 

Vous serez des ex formidables.

 

 

 

 

( Fin ! )

 

 

 

 

 

Publié dans 19 X

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Commenter cet article

tykayn 15/11/2010 02:59


magnifiques couplets
je suis également persuadé qu'il faut tout faire pour se construire autant un présent agréable que des souvenirs qui rendront un prochain maintenant encore plus agréable avec éventuellement ces
personnes qui ont tant compté pour nous :)


John Smith 04/06/2010 00:03


Donne plus envie d'etre une ex qu'une future!
C'est etrange le parallele entre ton amour et la colonisation. On sait tous que ca va finir mais il y a des sorties de colonisation marrocaine ou tunisienne ou le lien est protege et l'on a su
s'independantiser a temps et des guerres civiles algeriennes laissant une amertume et un maletre qui va durer plusieurs generations.
Quelle relation peut il y avoir entre ton amour et la colon-isation, ca, ca reste un mystere?


Camille 09/04/2010 09:18


La colère, la rage ou la haine sont des étapes du deuil pour la séparation. Sans le deuil comment tourner la page ? Sans le deuil comment ouvrir une nouvelle page ?

Si non c'est mignon copine de couette, c'est vrai que fucking friend c'est plus raide, moi tout simplement, co-pine j'aime bien ca me fait rire. C'est ma place en ce moment, un peu frustrant mais
j'aime pas les grands mélodrames.


Valentin Vernoux 09/04/2010 09:43


Amen