Décor
La pièce est lumineuse et donne sur le toit en métal de l’autre côté de la rue. Les baies vitrées laissent la lumière des soirs d’orage envahir le salon.
Le canapé est le contre point du bureau. Elle aime y passer des heures à lire dans la journée ou la nuit lorsqu’elle ne dort pas. C’est aussi là qu’ils partagent leur silence devant un film ou une série. Sa main se pose alors parfois sur ses pieds lorsqu’elle s’allonge sur le cuir passé. Souvent aussi parce qu'elle en a envie, elle se blottit contre son corps lourd. Elle aime le face-à-face que cet endroit stratégique lui offre sur son dos massif dès qu’il s’assoit devant l’ordinateur.
L'ordinateur renvoie son halo de lumière changeante vers la pièce et sa vie intérieure. Entre les écrans qui défilent et le fil des actualités elle imagine ses pensées, celles auxquelles elle n’a pas accès mais n’y parvient jamais.
L'enfant de l'autre côté du mur témoigne de la vie antérieure et de son plaisir d’être père. La chambre vide et rangée lui démontre, s’il le fallait, que la vie se poursuit à des rythmes différents pour chacun.
Et puis bien sur il y a les guitares…
De menus objets ont choisi leur place petit à petit. Une robe dans la penderie depuis l'été, un jean sur une chaise et ses produits de beauté dans la salle de bains. Une paire de baskets sur une étagère lui fait un clin d’œil chaque fois qu'elle prend le couloir vers la chambre aux volets toujours clos.
A ce jour si elle devait faire le tri, il ne resterait qu'un éléphant sur le bureau, un magnet sur le frigo, un livre et une boule de fortune sur la table basse.
Chaque fois qu’elle ouvre la porte pour se servir un verre de vin, les yaourts sur l'étagère du frigo lui rappellent à leur manière les petits déjeuners pris sur la table basse. Ils lui rappellent aussi ses petites attentions.
Elle râle chaque fois qu’elle entre dans la salle de bain. Si elle ne vient pas assez souvent, les interrupteurs lui rappellent qu’elle ne vit pas ici et qu’elle a encore oublié celui qu’il ne faut pas toucher. C’est vrai qu’il y a des règles dans ce lieu.
On n’ouvre jamais les volets de la chambre, enfin presque. Elle y déroge parfois lorsqu’elle profite du matin pour lire au lit, son thé à portée de main. Il n’aime pas rester au lit alors elle lit tranquillement en regardant le jour avancer par la fenêtre qui pour une fois donne vers l’extérieur. Elle fait bien attention de refermer les volets dès qu’elle a terminé. Ce petit jeu avec la lumière l’amuse.
Le très grand lit pourrait les séparer, chacun de leur côté mais la lecture, les plaisirs et le sommeil lové l'un contre l'autre les rapprochent si souvent. Le sommeil n'est mis à mal que lorsque le réveil hurle tant que ses boules Quiez ne suffisent plus ou que ses angoisses le lui ôtent. Pas grand chose ne semble perturber le sien, elle l’envie.
Ce cocon n’en est pas un même si souvent il ressemble à un refuge. C’est le lieu de l’histoire présente, elle n’aime pas l’idée qu’il pourrait déménager…