Coup de Foudre

Publié le par Valentin Vernoux

 

Me voilà bien.

 

Des années d'expérience, de recherche empirique poussée pour comprendre les femmes et éviter les pièges pervers de Cupidon, et tout ça pour ça.

 

Aïe aïe aïe.

 

Oh, je tombe bien amoureux quelques dizaines de fois dans la journée, je ne nie pas aimer les femmes, mais la plupart du temps, il s'agit d'une pulsion bien identifiée de ma libido, je ne perds pas la boule, je suis tout à fait conscient que mon émoi ne dépasse guère une envie pressante de les sauter.

 

Et d'ailleurs, la plupart du temps, je sais me tenir.

On ne peut pas conter fleurette à chaque jupon qui passe dans notre vie.

On manque de temps.

On manque de présence d'esprit.

Une silhouette chasse l'autre.

 

Ou alors, parfois, c'est plus rare, c'est mon cerveau qui s'exprime.

Il repère objectivement dans la foule une femme qui correspond à ses critères exigeants.

De l'humour, un cerveau en état de marche, de l'allure, de l'attitude, pas de mari ni de petit copain à l'horizon, des goûts musicaux acceptables, de la conversation, elle a l'air de tenir debout sur ses jolies jambes, ses névroses semblent compatibles avec les nôtres, voilà une femme qui pourrait partager notre vie.

Check.

 

Alors j'écoute ma raison, je lui concède cette aventure, tu as raison mon cerveau, il est peut-être temps que nous cessions de papillonner, cette femme pourrait partager plus qu'une nuit d'ivresse avec nous, un peu d'amour dans notre vie serait le bienvenu, allons-y, partons à l'assaut de notre future compagne, et à tout hasard faisons de la place dans la salle de bain et dans les penderies, une femme pourrait bien partager bientôt notre existence.

Il était temps, je commençais à m'encroûter.

 

Bon, cette dernière approche a aussi ses inconvénients.

Même lorsque la vie confirme tous les espoirs que nous avions mis dans les qualités intellectuelles, spirituelles et émotionnelles de notre dulcinée putative, il n'en reste pas moins que tout cela était guidé par une objectivité déprimante.

Ce n'est pas le tout de n'avoir rien à reprocher à une femme, encore faut-il avoir envie, encore faut-il que la passion emporte sur son passage toute résistance.

 

C'est très satisfaisant, ne vous déplaise.

C'est un moment rare, cette rencontre avec LA femme qui vous confirme qu'elles ne sont pas toutes vaines, superficielles, pétries de névroses handicapantes, manipulatrices, inconséquentes, tout cela, quoi.

Une femme bien, bien dans sa tête, bien dans son corps, rompue aux délicats rituels du couple,  revenue de ses illusions de contes de fées pour greluche écervelée, prête à vous aimer tel que vous êtes, prête à s'abandonner toutes failles et faiblesses dehors, mais forte pour imposer son envie, pour prendre sa place dans votre vie.

On est bien, dans ces relations-là.

On s'y emmerde un peu, mais l'esprit n'a pas à aller chercher très loin pour confirmer qu'on a bien raison d'être là.

 

Après tout, la passion, on a déjà donné.

Le chaos, les maux de ventre, la perte des repères, l'impression de perdre pied.

Et les engueulades.

Et la jalousie.

Les déchirements.

Les ruptures sanglantes.

 

Non, celle-ci est parfaite, à l'opposé diamétral de nos passions passées, il faut bien grandir un peu, ça doit être ça une relation adulte.

Saine, communicante, confortable, enrichissante.

Durable, si ça se trouve.

 

Tendre.

 

On dirait presque de l'amour.

 

Et pourtant, on ne peut pas s'empêcher d'attendre autre chose, et de guetter toujours le battement de cœur assassin qui annoncera notre prochain émoi, et le raccourcissement printanier des tenues féminines n'arrange rien à notre distraction.

 

Quand la raison guide notre recherche amoureuse, le cœur et le pubis poursuivent leurs projets parallèles.

 

 

* * *

 

L'autre soir, j'étais invité à l'anniversaire de T.

 

Je ne sais pas très bien pourquoi j'avais fait partie de la liste, à part notre hôte je ne connaissais presque personne, mes relations avec T. ne sont jamais sorties du boudoir, je n'ai jamais été présenté à ses amis.

Je ne m'en plaignais pas, d'ailleurs, son boudoir me suffisait amplement.

 

Mais ce soir-là, pour une fois, je découvrais le salon, et la foule de ses amis.

Je ne sais pas très bien pourquoi.

 

Je suppose que j'apporte dans le décor un peu d'excitation pour les femmes présentes.

Ou alors, T. elle-même n'était pas très sûre de conclure avec son partenaire du moment, et elle préférait avoir un plan B sous la main pour le cas où elle ne parviendrait pas à ses fins.

 

Dans tous les cas, je m'estimais heureux d'être là, et parfaitement disposé à servir d'objet sexuel pour l'une ou l'autre de ces dames, il y a des semaines comme ça où le contact sincère d'une peau inconnue est exactement ce qu'il nous faut.

Il y a des semaines comme ça, où l'on n'a pas envie d'arrière-pensée, ni de lendemains.

Des moments pour le pubis.

 

Et les prétendantes ne manquaient pas sur la piste, et ne manquaient pas d'ailleurs de se déclarer plus ou moins ouvertement.

 

Je contemplais donc la piste distraitement, le cœur ouvert à l'inconnu, comme disait l'autre.

 

Les femmes se trémoussaient avec allégresse sur les rythmes du moment, étalant sous couvert de bonne humeur leurs compétences sexuelles.

 

Regarde comme je suis souple, regarde comme je suis à l'aise avec mon corps, regarde comme je tiens le rythme, regarde comme je remue bien mon popotin.

 

En matière de piste de danse, ma théorie tient en un acronyme simple (les plus âgés d'entre nous reconnaitront la référence informatique) : WYSIWYG.

What you see is what you get.

 

La grande brune qui s'agite avec l'énergie du désespoir, là-bas, par exemple, n'a absolument aucune idée de ce qu'elle fait.

C'est n'importe quoi, c'est à peine en rythme, aucune coordination, ça part dans tous les sens, de l'agitation vaine et sans talent.

On imagine sans peine qu'il en serait de même sous la couette.

Beaucoup d'énergie parfaitement sincère et généreuse, concentrée dans un n'importe-quoi général qui a peu de chance de faire un bon coup.

 

L'autre, de l'autre côté de la pièce, est totalement hystérique.

Elle enchaîne à un rythme d'enfer les mouvements saccadés, dans une transe apocalyptique fascinante, les autres danseurs se sont écartés pour éviter ses gestes imprévisibles, les regards sont amusés ou inquiets ou impressionnés, elle prend son pied toute seule, elle prend ça très au sérieux, si ça se trouve elle a pris des cours pour en arriver là, et là maintenant c'est son moment de fusion avec la musique, elle est partie, elle est ailleurs.

Sans nul doute, une nuit d'amour avec elle serait inoubliable, mais je tiens à mes couilles, et avec ce genre de dingue on n'est jamais sûr de repartir avec tous ses abattis.

 

La petite blonde devant moi a la technique, elle.

Souplesse et régularité, impeccablement fluide, très agréable à regarder, parfaitement rôdé.

Des années de pratique sur les pistes, elle a choppé quelques mouvements qu'elle maîtrise parfaitement, ça s'enchaine nickel-chrome, ça se dandine de manière parfaitement contrôlée, il y a du métier.

Au lit, avec elle, on doit se faire chier grave, à l'observer dérouler consciencieusement le catalogue de ses prouesses techniques, dans l'ordre et chronométré.

Ca m'étonnerait qu'elle se lâche beaucoup.

Ca manque de générosité et d'abandon.

 

Au fil des années depuis que je suis en âge de bander, je constate que les femmes font collectivement des progrès en cul.

Je ne sais pas trop où elles trouvent leurs sources d'enseignement, peut-être regardent-elles nos pornos en douce, peut-être les magazines féminins se sont-ils lâchés, peut-être internet, peut-être accumulent-elles les travaux pratiques, toujours est-il qu'elles ont parfait leur éducation collective.

 

Je me souviens d'un temps où la fellation était rare et dégoutée, où la levrette était considérée comme dégradante, où il fallait négocier chaque nouvelle position.

 

Aujourd'hui, même si elles ne sont pas toujours très douées pour la chose, les femmes se jettent goulument sur notre sexe sans que nous ayons à réclamer quoi que ce soit.

Elles se lâchent, elles bougent, elles savent ce qu'elles veulent, elles connaissent leur boulot, elles enrichissent le débat.

Il arrive même qu'elles soient les premières à suggérer sodomie, bondage, sex-toys, mélanges libertins avec d'autres partenaires, il arrive qu'elles nous surprennent vraiment.

Il arrive aussi, souvent, que tout cela ne soit que performance, et que les prouesses techniques s'offrent au détriment de la sincérité de l'instant.

Je ne regrette pas les positions du missionnaire résignées de ma jeunesse, mais il arrive tout de même que le parcours imposé un peu mécanique de la femme libérée d'aujourd'hui m'emmerde un peu.

 

Mais je suis peut-être trop exigeant.

 

 

 

(à suivre…)

 

 

 

 

Publié dans 18 Coup de Foudre

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Hotllywood 30/03/2010 07:52


...Ou l'on attendra la suite avec l'esprit et le corps qui frétillent aussi surement qu'un teckel qui sait que sa maitresse ne va pas tarder à rentrer ;-)


Camille 29/03/2010 10:23


Et vi les filles se lâchent, sauf que ca fou la trouille à au moins 70% des mecs qui ont perdu leurs repères et il faut bien le dire, débandent de peur de l'émasculation.


rachid 28/03/2010 19:52


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