Lèvres Absentes (2)

Publié le par Valentin Vernoux

 

Previously dans Lèvres Absentes : notre héros, quoique déterminé à revenir dans le doux cocon de sa relation amoureuse régulière, et d'arrêter net son idylle naissante avec Emma, ne peut s'empêcher de penser à elle et à tout ce qui aurait pu être…  
Notre héros étant ce qu'il est (c'est à dire un peu con quand il est amoureux), il a décidé d'appeler une vague connaissance, Gaston, qui travaille dans la même boîte qu'Emma ; son plan était de… euh, nous n'avons pas bien compris son plan.

Toujours est-il que par un revirement inattendu de l'histoire, revirement qui atteste autant des qualités narratives de l'auteur de ce blog que de l'aveuglement de son héros, Gaston a déduit de la conversation que Emma était disponible et peu farouche…

Oups…

 


 

 

Non non non non non non non non non.

 

C'est pas possible.

 

Valentin, tu as fait une grosse bêtise.

 

Tu as jeté Emma dans les bras de ce connard de Gaston.

Le pire dragueur macho que tu connaisses.

Le prédateur en Ray-bans et en BMW, le gros lourd qui tache, la plaie des dance-floors.

 

Ouhlalalalalalalalalalala, la boulette.

 

Bon, il faut étouffer ça dans l'œuf, tu ne peux pas porter la responsabilité de cette monstruosité.

 

Etouffons, étouffons.

 

Dans l'œuf.

 

Ben oui mais comment ?

 

Ouhlalalalalalalalala.

 

Appeler Emma tout de suite.

 

Où est son numéro ?

 

Attends une seconde, du calme, mon petit bonhomme, tu as déjà fait une connerie, manifestement le téléphone c'est pas ton truc, tu vas lui dire quoi, exactement, à Emma ?

 

Salut Emma, c'est Valentin, oui je sais je ne t'ai jamais rappelée après t'avoir joué les violons pendant toute une soirée à la lumière des bougies, et aussi t'avoir embrassée goulument sous la lune, je sais, oui, je ne t'ai jamais donné signe de vie, je suis retourné avec ma copine, ah je ne t'avais pas dit que j'ai une copine, ah et bien au temps pour moi, je pensais que je te l'avais dit, enfin bon ça explique pourquoi je n'ai pas donné suite, oui d'accord du coup ça explique moins pourquoi violons et baisers sous la lune, laisse moi réfléchir, ah oui je me souviens elle était en voyage alors je me suis dit que j'allais sauter ta copine un soir, et toi le lendemain, il me semblait bien qu'il y avait une explication parfaitement rationnelle, non mais arrête de me couper la parole tout le temps, tu chipotes et moi je perds le fil, j'avais un truc important à te dire, ah oui ça me revient, tu vois qui est Gaston, un grand con prétentieux qui travaille dans ta boîte, mister sexual harassment lui-même, vous essayez toutes de ne jamais vous retrouver seule dans une pièce avec lui, oui voilà c'est lui, et bien voilà, en fait je l'ai appelé au téléphone et je lui ai dit que tu étais super ouverte d'esprit sur le plan diner aux chandelles et baisers sous la lune, et donc il arrive dans ton bureau, j'ai pensé que ça te ferait plaisir de le savoir, arrête de crier, bon ben salut à la prochaine….

 

Non non non non non non non non non.

 

Je vais me faire engueuler, si ça se trouve.

 

Vite vite, un autre plan.

 

Rappeler Gaston, c'est ça, oui ça c'est bien, rappeler Gaston.

 

Bof.

 

Pas trop envie de parler encore à ce con.

 

Et puis pour dire quoi ?

Plus je vais essayer de le décourager, plus il va être déterminé à la sauter, c'est comme ça les abrutis.

 

Bon alors on fait quoi ?

 

On fait comme d'hab' quand on a fait une grosse connerie, on fait rien et on prend l'air dégagé ?

 

Ah oui, tiens, ça c'est pas mal comme plan.

 

Je pourrais même siffloter, c'est bien ça siffloter pour prendre l'air dégagé, non ?

Actor Studio, quoi.

 

 

Et puis tout d'un coup, ça m'est revenu.

 

Je vais appeler Cathy.

 

Je me souviens maintenant pourquoi j'ai fréquenté ce tocard de Gaston pendant toutes ces années.

 

C'est juste parce que je sautais sa femme, Cathy.

 

Bien foldingue, Cathy, mais une sacrée bête de sexe, je crois qu'on l'a tous plus ou moins essayée à un moment ou à un autre, mais moi ça a duré un peu plus longtemps, de loin en loin, et même bien après son mariage avec l'autre crétin.

 

Je vais appeler Cathy, salut ça va, voulais juste prendre des nouvelles, et puis dans la conversation je vais distiller subtilement quelques soupçons, dis-donc ton mari tu es sûre qu'il est bien fidèle, et paf, scène de ménage, elle va lui serrer la vis, c'est quoi ce rouge sur ton col, allez-hop fini le golf et les déplacements en province, coucouche panier.

Et Gaston va faire comme n'importe quel mari pris en flagrant délit, il va faire profil bas pendant quelques temps, et toc Emma est sauve.

 

Je suis un génie.

 

Le seul inconvénient, c'est qu'il faut encore téléphoner, et moi le téléphone ça ne me réussit pas trop en ce moment.

 

Mais non, tu t'inquiètes pour rien, c'est de l'homéopathie, tu soignes le mal par le mal, tu corriges un coup de fil par un autre coup de fil, ça va très bien se passer.

 

Franchement, qu'est-ce qui pourrait arriver de funeste ?

 

* * *

 

-          Allo Cathy ?

-          Oui ?

-          Salut, c'est Valentin

-          Valentin, ça alors, mais ça fait des années, comment vas-tu ? Je te préviens tout de suite, ce soir je ne peux pas, j'ai mes règles depuis ce matin…

-          Hmmm, bon, c'est sympa de proposer, mais en fait non, je t'appelais juste pour prendre des nouvelles

-          Oh nous ça va, tu vois, l'autre con s'est mis au golf, ça me fait des vacances, à part ça la routine, tu sais ce que c'est…

-          Oui, justement, Cathy, la raison pour laquelle j'ai pensé à vous deux, c'est qu'il m'a semblé le croiser dans la rue l'autre jour, ça m'a rappelé des souvenirs…

-          Ah bon, dans la rue, à Paris ? Et tu lui a parlé ?

-          Non non, tu comprends, il n'était pas tout seul, je n'ai pas voulu le déranger, il était en pleine conversation avec une petite brune sexy, sans doute une cliente…

-          Oh le salopard ! L'enfoiré ! Il recommence à coucher avec ses collègues de bureau l'enculé…

-          Non mais calme-toi Cathy, si ça se trouve c'était juste un déjeuner entre collègues, je n'ai rien vu d'inquiétant, vraiment je suis désolé de te mettre dans cet état, je ne voulais pas sous-entendre que Gaston…

-          Comment elle était, cette salope ?

-          Pardon, Cathy ?

-          Valentin arrête de faire le con, je vais tuer cette pouffiasse à coups de pelle, je vais lui arracher le cœur à la petite cuillère, dis-moi à quoi elle ressemble !!!

-          Mais Cathy, pourquoi une petite cuillère ?

-          Parce que ça sera beaucoup plus douloureux qu'avec un couteau, maintenant Valentin, tu arrêtes de tergiverser, tu sais ce que je suis capable de faire avec tes testicules, tu arrêtes de me prendre pour une conne et tu me dis tout de suite A QUOI RESSEMBLE CETTE PETASSE !!!!

-          Euuuuuuh…. Petite, brune, sexy, enfin mignonne quoi, avec des seins…

-          J'en étais sûre ! La salope !

-          Euh, pardon ? Tu es sûre que ça va, Cathy ?

-          Oui, ça va, mais elle ça ne va pas aller si bien que ça, je vois très bien qui c'est cette radasse, je l'ai bien remarquée la dernière fois que je suis passé à La Maille Picarde, c'est cette petite gourde à moitié à poil qui se trémousse au quatrième, Emma je-ne-sais-quoi…

-          Euuuuuh

-          Mais rassure-toi, Valentin, elle va voir ce qu'elle va voir, cette trainée, elle ne sait pas à qui elle s'est frottée, je vais m'occuper de son cas…

 

Clic.



Oups.




 

Nooooooooooooooooooooooooooooooooooooooon !

 

 

 

 

 

 

 

( A suivre )

 

 

 

Nota Bene : et pendant ce temps-là, Emma

 

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