Ego Boost - 5 & fin

Publié le par Valentin Vernoux


Previously in Ego Boost : alors là ça dépasse les bornes : après nous avoir fait de grandes théories fumeuses sur les femmes et leurs névroses, voilà que notre héros finit par reconnaître que tout ce qui compte pour les mecs, et pour lui en particulier, c'est la taille de sa bite !

Et en plus il n'a même pas publié les mensurations exactes, ni la photo, de l'organe en question !

Il se fout de nous, là…



 

Mais je m'égare, sans doute.

 

Vous allez encore me comprendre de travers, et m'imaginer en macho insensible et obsédé par la galipette.

Ou pire, en névrosé assoiffé de reconnaissance maternelle, entre stade buccal et stade anal, j'aime bien les deux mais je suis ouvert à toute autre position, si ce n'est en frustré désireux de prendre une revanche sur les femmes.

 

Non, non, non, pas du tout, pas de frustration refoulée, pas de complexe d'Oedipe, tout va très bien merci mesdames, j'assume mes élans et mes envies, mais je sais me tenir en société.

 

On peut tenir en haute estime la taille de sa bite sans vouloir la présenter à tout le monde pour autant.

 

On peut aimer les femmes sans vouloir toutes les sauter.

 

Enfin, je ne peux pas parler pour tous les hommes, mais mon projet personnel n'est pas de collectionner les conquêtes.

 

Nous venons d'apprendre par son biographe que Warren Beatty aurait couché avec environ 12 800 femmes dans sa vie (il a 72 ans), et il n'y a pas que des boudins dans la liste ; cela n'inclut pas, selon le biographe, les cinq-à-sept et les baisers volés, merci mille fois, si vous aviez dû ajouter un zéro nous aurions pu nous sentir intimidés.

Franchement, même en mettant les bouchées doubles, le record me paraît impossible à battre, j'aurais du m'y prendre plus tôt.

Je ne vois pas bien comment participer à cette compétition pourrait être bon pour mon moral.

 

Je me retire de cette compétition ridicule et infantile.

Et moi aussi, d'abord, j'arrête de compter les cinq-à-sept et les baisers volés, et je t'emmerde, Warren.

Même pas mal.

 

Ca ne va pas m'empêcher de fréquenter assidument les femmes.

 

J'aime la compagnie des femmes, j'aime leur regard sur moi, j'aime le genre d'intimité qui peut naître entre deux personnes de sexe opposé.

 

Il arrive que le désir des corps prenne le dessus, et je ne vois pas de raison de ne pas y succomber, c'est encore le meilleur moyen de lutter contre la tentation.

Et d'après la légende, le sexe peut contribuer à épanouir une relation amoureuse, qui suis-je pour douter de cette éventualité ?

 

Mais la plupart du temps, la vie est faite de ces choses, il n'y aura pas de peaux qui se touchent, de bouches qui s'effleurent, de corps qui se nouent.

 

Oui, je me résume pour les hystériques qui m'insultent à chaque nouveau chapitre, read my lips comme disait Clinton, il n'y a pas que le cul dans la vie.

C'est vrai ça, c'est un monde quand même, on dirait que vous ne pensez qu'à ça.

 

Des fois, souvent même si je mesure cela en proportion du nombre de femmes que je rencontre dans une journée, toute l'étendue de notre relation se déroule sans poser mon caleçon ni dégrafer son soutien-gorge.

 

Des fois on n'a pas le temps, ou bien il y a beaucoup de monde autour, ou alors on ne parle pas la même langue, ou bien elle est mariée et fidèle, ou bien je risque le procès pour harcèlement sexuel si je n'enlève pas ma main des fesses de la stagiaire, ou encore le petit copain est dans la pièce et il a l'air costaud et pas trop ouvert d'esprit, ou parfois j'ai du travail (non, je déconne), ou enfin j'ai pas de capote sur moi.

 

Il arrive aussi qu'elle n'ait pas envie.

Bon, je mets ça sur le compte du manque de temps.

En termes de séduction, je suis plutôt un coureur de fond, je m'installe dans la durée, je ne donne pas tout, tout de suite.

Il faut laisser à la dame le temps de s'habituer à mon charme un peu atypique.

Je gagne à être connu, quoi.

 

Et il arrive même que je sois réticent.

Parfois, oui, bon, elle est sexy, je pourrais me laisser tenter, mais bon je ne suis pas non plus enthousiaste, est-ce que ça vaut vraiment le coup de tromper mes autres copines, de rajouter encore un signe cabalistique secret dans mon agenda, au risque de finir par me mélanger dans les prénoms, les dates de rendez-vous, qui préfère quelle position et avec qui on a déjà essayé la sodomie, qui a quelle névrose et pourquoi, je vais finir par me faire gauler, mieux vaut la faire patienter un peu et la garder au chaud pour cet été quand tout le monde sera en vacances avec leurs maris.

 

Et puis parfois, c'est un moment rare et délicieux, une vraie complicité s'installe, et on oublie de se draguer vraiment, on devient amis sans avoir pensé à se lécher tout partout pendant qu'on n'en a encore rien à foutre l'un de l'autre.

 

Ce qui n'empêche pas forcément l'intimité, le désir, et tout et tout.

Et ce qui ne rend pas la relation, toute platonique qu'elle soit, moins revigorante pour l'ego.

 

C'est ce que ma fille et ses amies appellent les relations "Boyfriend without Benefits", c'est charmant (il faudra quand même que j'aie une conversation avec elle, c'est quoi "benefits", exactement, dans ton esprit, ma chérie ? file dans ta chambre !).

 

C'est Tony et Angela dans "Madame est Servie", David et Maddy dans "Clair de Lune", pas de bisous, pas de touche-pipi, mais ça n'empêche pas les sentiments ni les envies.

 

Cela peu prendre de nombreuses formes : une habitude que l'on prend de boire un café chaque jour avec une collègue, une complicité subtile qui se construit sur des années de dîners avec des amis, une relation épistolaire intense avec une consœur bloggeuse, l'intimité prudente construite petit à petit avec une amie d'amis, une rencontre amoureuse ratée qui débouche sans crier gare sur le plaisir de se revoir en amis, le tout nourri de confidences occasionnelles, de conseils parfois, et éclairé du regard aimant entre deux personnes qui se sont reconnues, et qui ont été là l'un pour l'autre lorsque ça comptait.

 

Cela reste un peu ambigu, on flirte un peu, peut-être même que certains soirs on imagine autre chose entre les draps, on croit qu'on entretient le truc parce qu'un jour, un peu bourrés, sur un malentendu, qui sait ?

 

On se doute aussi que madame n'a pas des sentiments tellement plus clairs, que lorsqu'elle se récrie que mariée, que pas confiance, que pas intéressée, que non, non, non, enfin tu es infernal enlève tes mains de mes fesses j'ai dit non, elle cherche peut-être surtout à se rappeler à elle-même pourquoi elle ne saute pas le pas et le beau ténébreux en question (c'est moi, j'aime bien l'idée que je suis ténébreux).

 

Mais au fond on sait bien tous les deux que cette chose étrange, une relation d'amitié vraie entre un homme et une femme, cette incongruité fragile, on n'a pas envie de la risquer pour le plaisir de voir la tête qu'elle fait pendant l'orgasme, et si ses seins sont bien aussi fantastiques de près que ce qu'en laisse deviner ce petit bustier cruel qu'elle porte si bien.

 

C'est une trop jolie affaire qui nous unit, trop inattendue, trop parfaite telle qu'elle est, trop excitante dans l'attente de cette résolution qui n'arrivera jamais, c'est un endroit magique, un désert des Tartares improbable, où tout peut-être dit, où tout est pur, réservé aux cœurs d'exception.

 

 

Et ça, c'est aussi très bon pour mon ego.

 

 

 

( Fin ! )

 

 

 

 

 

Publié dans 12 Ego Boost

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Luces Skywalker 14/01/2010 03:06


Valentin est sûrement un grand romantique, ça fait un moment que je l'en soupçonnais moi aussi, mais je tiens à re-préciser que cette notion particulière d'amitié ambiguë que j'ai eu l'idée de
nommer Boyfriend Without Benefits (et voyez ce que vous voulez dans le "benefits", moi je file dans ma chambre!) est de moi, et je suis ravie qu'elle vous radoucisse un peu, Prune!


Prune 13/01/2010 01:54


J'étais sur le point d'aller dormir.
Et puis...non.
Une fois de plus j'ai eu envie de poursuivre ma lecture.
Etonnant d'ailleurs, car lorsque j'ouvre votre blog, je suis instantanément énervée.
Donc, il y a quelques quinze minutes, j'étais énervée.
Or, ces derniers paragraphes...Vous êtes un romantique Valentin. Vous le cachez, mais vous êtes un romantique. Vous avez cassé le cynisme en y mettant ce soupçon d'honneteté qui vous va si
bien.
L'amitié hommes-femmes semble dès lors tout aussi possible qu'impossible, si l'on sait rester sincère. Merci de l'écrire ainsi.

Finalement, je suis tout de même énervée. Je crois que je vous préfère cynique.
Prune